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Full text of "Recherches cliniques et expérimentales sur les épanchements sanguins du genou par entorse"

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t) 


RECHERCHES  CLINIQUES  ET  EXPÉRIMENTALES 

SUR 

LES  ÉPANCHEMENTS  SANGUINS 

DU  GENOU 

PAR  ENTORSE 


VERSAILLES 
CERF  ET  FILS,  IMPRIMEURS 
59^  RUE  DUPLESSIS,  f!9 


PUBLICATIONS  DU  PROGRÈS  MÉDICAL 


RECHERCHES  CllNIQWES  ET  EXPÉRIMENTALES 


SUR 


m 


11 


s 


DU  GENOU 

PAR  ENTORSE 


PAR 


PAUL  SEGOND 

Aide  d'anatomie  de  la  Faculté  de  Paris 
Interne  des  hôpitaux 


PARIS 


Aux  bureaux  du  PROGRÈS  WÉDICAL 
6,  rue  des  Écoles,  6, 


1879 


V.A.DELAHAYE^C.Libraires-Edileurs 

Place  de  rÉcole-de-j\i[édecine. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Pathogénie 


Pages. 

28 


Symptômes,  marche,  diagnostic  

42 

Traitement  

...  52 

Conclusions  '  • 

Observations  

75 

Expériences  


1 


VEnSAILLES.    CERF   ET  FILS,  IMPRIMEURS,   RUE  DUPLESSIS,  59 


I 


RECHERCHES  aiNIQUES  ET  EXPÉRIMENTALES 


SUK 


LES  ÉPANCHEMENTS  SANGUINS 

DU  GENOU 


Les  lésions  anatomiques  qui  peuvent  succéder  aux  mou- 
vements torcés  de  l'articulation  du  genou  ont  été  peu  étu- 
diées depuis  les  travaux  de  Bonnet,  et  l'histoire  de  l'hémar- 
throse  du  genou  par  entorse  a  été  particulièrement 
négligée. 

Les  chirurgiens  ont,  à  plusieurs  reprises,  accordé  leur 
attention  aux  symptômes  et  au  traitement  de  cette  affec- 
tion; mais  la  source  exacte  de  ces  épanchements  sanguins 
abondants  qui  peuvent,  en  quelques  instants,  remplir  l'arti- 
culation du  genou,  n'a  certainement  pas  été  jusqu'à  ce  jour 
l'objet  de  recherches  spéciales.  C'est  là  pourtant  une  in- 
vestigation pathogénique  importante.  Enfin,  la  physionomie 
clinique  de  ces  épanchements  et  particulièrement  de  ceux 
qui  surviennent  sans  traumatisme  direct  de  l'articulation, 
présente  des  caractères  spéciaux  qu'il  importe  de  très-bien 
connaître.  La  plupart  de  nos  traités  classiques  ne  font  ce- 
pendant que  les  mentionner,  et,  le  plus  souvent,  les  thèses 
publiées  sur  la  matière  passent  très  rapidement  sur  les  symp- 
Segond.  1 


PAR  ENTORSE 


tomes  pour  accorder  toute  leur  attention  au  traitement. 

En  un  mot,  l'étude  des  épanchements  sanguins  par  en- 
torse est  jusqu'ici  restée  incomplète  à  beaucoup  d'égards, 
et  c'est  pour  combler  cette  lacune,  pour  la  diminuer  tout 
au  moins  dans  la  mesure  de  nos  ressources,  que  nous  avons 
entrepris  ce  travail. 

Avant  d'entrer  en  matière,  nous  indiquerons  brièvement 
le  plan  que  nous  avons  adopté  : 

Dans  un  premier  chapitre,  nous  analyserons  le  résultat 
de  nos  expériences  sur  le  cadavre  et  nous  rechercherons 
quelles  sont,  en  général,  les  sources  du  sang,  lorsqu'une 
hémorrhagie  intra-articulaire  vient  à  se  produire  à  la 
suite  d'une  entorse  du  genou.  Nous  exposerons  ensuite  la 
symptomatologie  habituelle  de  cette  variété  d'épanche- 
ment,  et  nous  terminerons  par  l'étude  du  traitement  qui  lui 
est  applicable.  Cette  dernière  partie  ne  saurait  être  autre 
chose  qu'une  analyse  éclectique  des  opinions  professées 
par  nos  maîtres.  Nous  chercherons  cependant  à  déterminer 
par  l'étude  attentive  des  faits,  et  par  ce  que  nous  avons  ob- 
servé nous-môme,  quelle  est  la  conduite  à  tenir  en  pré- 
sence d'une  hémorrhagie  intra-articulaire  ;  faut-il  donner 
issue  au  sang  épanché  ou  faut-il,  au  contraire,  l'abandon- 
ner dans  l'articulation,  dût  le  malade  attendre  de  longs 
mois  sa  guérison  ?  Tel  est  le  problème  à  résoudre,  problème 
capital  sans  doute,  mais  dont  la  solution  définitive  réclame- 
rait une  autorité  à  laquelle  nous  ne  saurions  prétendre. 

Enfin,  nous  avons  cru  devoir  rejeter  à  la  fin  de  ce  mé- 
moire les  observations  cliniques  et  l'exposition  détaillée  de 
nos  expériences  sur  le  cadavre.  Nous  y  joindrons  le  résul- 
tat de  quelques  recherches  faites  à  notre  intention  par 
notre  ami,  le  Poucet,  professeur  agrégé  à  la  Faculté  de 
médecine  de  Lyon. 

Parmi  les  observations,  six  nous  sont  personnelles  et 
trois  nous  ont  été  obligeamment  communiquées  par  notre 
excellent  maître,  le  D-"  Terrillon,  les  quatre  dernières  sont 


extraites  de  la  thèse  de  M.  Troncin.  Nous  aurions  pu  les 
multiplier  beaucoup  en  compulsant  les  thèses  ou  les  publi- 
cations périodiques  ;  mais  nous  avons  pensé  qu'il  y  avait 
avantage  à  reproduire  celles-là  seulement  qui  nous  ont 
paru  indispensables  à  la  justification  des  idées  que  nous 
cherchons  à  défendre. 

Patliogénie. 

Sous  le  nom  d'entorse  du  genou  on  doit  entendre  «  l'en- 
semble  des  effets  produits  sur  cette  articulation  par  des. 
mouvements  forcés  résultant,  soit  d'une  action  mécanique 
extérieure,  soit  d'une  contraction  anormale  et  excessive 
des  muscles,  souvent  de  ces  deux  causes  réunies  (1).  »  — 
La  conservation  des  rapports  normaux  des  surfaces  arti- 
culaires achève  de  caractériser  l'entorse  et  la  distingue 
nettement  de  la  luxation. 

Cette  définition  classique  résume  bien  les  principaux 
traits  de  l'entorse,  elle  nous  montre  en  môme  temps  l'im- 
portance de  l'action  musculaire,  dont  le  rôle  ne  doit  pas 
être  plus  oublié  dans  l'interprétation  des  faits  pathologi- 
ques que  dans  l'étude  des  phénomènes  physiologiques. 
Toute  articulation  a  des  moyens  de  contention  passifs  très- 
solides  constitués  par  ses  ligaments  ;  elle  possède,  en  outre, 
de  véritables  ligaments  actifs,  ce  sont  les  muscles  qui  l'en- 
tourent, la  protègent  et  la  meuvent.  L'articulation  du 
genou  obéit  à  cette  loi  générale  et,  lorsqu'à  la  suite  d'une 
chute  ou  d'un  faux  pas,  ses  ligaments  sont  tiraillés,  rom- 
pus ou  arrachés,  les  muscles  de  la  région,  ne  fût-ce  que 
par  leur  tonicité  constante,  jouent  un  rôle  de  contention 
que  l'expérimentation  cadavérique  ne  saurait  reproduire. 


(l)  Panas.  —  Dict.  de  méd.  et  de  chir.  pmt. 


—  4  — 

—  Ce  mode  de  recherches  n'en  conserve  pas  moins  toute 
son  importance  et,  pour  ne  parler  que  des  traumatisraes 
articulaires,  les  expériences  sur  le  cadavre  sont  bien  le 
seul  et  unique  moyen  d'apprendre  et  de  connaître  réelle- 
ment ce  que  l'observation  clinique,  livrée  à  ses  propres 
ressources  peut  seulement  nous  faire  soupçonner. 

C'est  à  cette  méthode  expérimentale  que  nous  avons  eu 
recours.  Reprenant  les  expériences  de  Bonnet,  nous  nous 
sommes  attachés  à  produire  sur  des  genoux  les  lésions  ana- 
tomiques  de  l'entorse  et  à  rechercher  ensuite,  par  une  dis- 
section minutieuse,  une  déchirure,  une  lésion  quelconque, 
suffisant  par  son  étendue,  sa  nature  et  son  siège,  à  la  pro- 
duction d'une  hémorrhagie  intra-articulaire.  En  procédant 
ainsi,  et  en  soumettant  à  l'expérieTice  plus  de  quatre-vingt- 
dix  genoux,  nous  croyons  avoir  déterminé  les  conditions 
pathogéniques  habituelles  de  l'hémarthrose  du  genou  par 
entorse. 

Nous  ferons  ici  une  dernière  remarque.  Pour  demander 
à  une  expérience  faite  sur  le  cadavre  des  enseignements 
sérieux  il  faut,  autant  que  possible,  se  placer  dans  des  con- 
ditions analogues  à  celles  qui  président,  sur  le  vivant,  aux 
traumatisraes  dont  on  recherche  les  effets.  Ainsi,  lorsque 
Bonnet  (1)  détermine  sur  un  genou  un  mouvement  d'exten- 
sion assez  violent  pour  que  la  jambe  et  la  cuisse  fassent  en 
avant  un  angle  rentrant  de  60°,  il  nous  semble  que  les  en- 
seignements fournis  par  une  telle  expérience,  très-bons 
sans  doute  à  noter  lorsqu'on  étudie  tous  les  traumatisraes 
possibles  du  genou,  perdent  cependant  leur  intérêt,  lors- 
qu'il s'agit  de  l'entorse,  c'est  à-dire  d'un  trauraatisrae  spé- 
cial, variable  en  intensité,  nous  le  voulons  bien,  mais 
n'ayant  aucun  rapport  avec  les  dislocations  plus  ou  moins 
immodérées  auxquelles  toute  articulation  peut  être  soumise. 


(l)  Bonnet.  — Traité  des  maladies  ai'ticulaires,  p.  18U. 


Cette  considération  n'a  pas  cessé  de  nous  guider  dans  le 
cours  de  nos  expériences.  Pour  nous  rapproclier,  autant 
que  possible,  des  conditions  pathogéniques  habituelles  de 
l'entorse,  tant  au  point  de  vue  de  l'intensité  du  trauma- 
tisme, qu'à  celui  du  mode  de  résistance  que  le  membre  in- 
férieur peut  lui  opposer,  nous  nous  sommes  attachés  à  ne 
mettre  en  usage,  comme  moyen  d'immobilisation,  que  l'ef- 
fort d'un  ou  de  deux  aides  embrassant  solidement  la  cuisse 
pendant  que  de  notre  côté  nous  imprimions  au  genou  des 
mouvements  forcés,  à  l'aide  de  la  seule  force  traumatique 
dont  nous  étions  capables  nous-même. 

Enfin,  nous  avons  surtout  étudié  les  mouvements  forcés 
qui,  d'après  les  réponses  de  nos  malades,  nous  ont  paru 
présider  le  plus  souvent  à  la  production  de  l'entorse.  Nous 
verrons  que  ces  mouvements  sont  avant  tout  des  rotations 
de  la  jambe  sur  la  cuisse;  aussi  nous  sommes  très-loin  de 
considérer  avec  M.  Hennart  (1)  l'entorse  par  torsion  comme 
la  plus  rare.  Toutefois,  nous  n'avons  pas  voulu  néghger 
absolument  les  autres  mouvements  forcés,  ils  ont  leur  im- 
portance, et  nous  analyserons  successivement  les  résultats 
que  nous  avons  obtenus  en  imprimant  à  des  genoux  des 
mouvements  forcés  d'extension  de  latéralité  et  de  rotation. 

Nous  suivrons  donc  la  marche  adoptée  par  Bonnet  à 
propos  de  l'anatomie  pathologique  de  l'entorse.  Mais  nous 
aurons  soin  d'accorder  surtout  notre  attention  aux  lésions 
capables  d'éclairer  la  pathogénie  de  l'hémarthrose  du  ge- 
nou. Ce  n'est  pas,  en  effet,  l'histoire  de  l'entorse  du  genou 
que  nous  voulons  tracer,  mais  bien  celle  des  épanchements 
sanguins  qui  peuvent  compliquer  cette  affection. 

Lésions  produites  par  V extension  forcée  de  la  jambe. 
Seize  genoux  ont  été  soumis  à  l'extension  forcée  et  pour 
tons,  nous  avons  procédé  de  la  même  manière  :  attirant  le 


(l)  Hennart.  —  De  l'entorse  d%i  genou.  Paris,  Th.,  1874. 


sujet  sur  le  bord  d'une  table  et  le  faisant  maintenir,  nous 
saisissions  l'extrémité  inférieure  delà  cuisse  aveô  la  main 
gauche  et  embrassant  avec  la  main  droite  l'extrémité  infé- 
rieure de  la  jambe,  nous  exagérions  le  mouvement  d'exten- 
sion. Sur  les  six  premiers  genoux  nous  avons  cessé  l'expé- 
rience dès  les  premiers  craquements  perçus  et  bien  avant 
que  la  jambe  pût  faire  avec  la  cuisse  un  angle  droit  ouvert 
en  avant. 

Sur  les  dix  autres  genoux,  nous  avons  poiissë  l'expé- 
l'iënCe  assez  loiii  pour  amener  la  jambe  à  faire  en  avant  un 
angle  droit  avec  la  cuisse.  Dans  ces  conditions  des  craque- 
merits  multipliés  se  produisent  et  tandis  que, pour  amorcer, 
en  quelque  sorte,  la  série  des  lésions,  l'effort  nécessaire 
est  vraiment  très-grand,  on  éprouve,  au  contraire,  une  ré^ 
sistance  bien  moindre  aussitôt  les  premiers  craquements 
perçus. 

Les  résultats  que  nous  avons  obtenus  confirment  à  peu 
près  ceux  de  Bonnet  :  comtne  lui,  nous  avoiis  vu  que 
chez  les  vieillards  la  fracturé  des  extrémités  articulaires 
est  «  la  conséquence  presque  inévitable  de  ces  sortes  de 
violencés  »  (1)  ét  dans  les  cas  où  nous  avons  pU  léser  l'ar- 
ticulation sans  fracturer  les  os,  nous  avons  constaté, 
comme  lui,  l'arrachement  des  ligaments  croisés,  la  déchi- 
rure des  iigàhients  postérieurs  et  plus  rarement  (3  fois  sur 
16)  l'arrachement  des  ligaments  latéraux.  Enfin,  deux 
fois  sur  16  expér-iehces,  nous  avons  trotivé  le  ligament  adi- 
peux rompli. 

Les  ligaments  latéraux  n'enlèvent  pas  «  toujours  leur 
point  d'insertion  au  fémur  »  comme  le  dit  Bonnet.  Son 
assertion  est  vraie  seulement  pour  le  ligament  latéral  in- 
terne, dont  le  point  d'insertion  inférieur  reste  en  effet  tou- 
jours intact  ;  mais  l'insertion  inférieure  du  ligament  laté- 


(0  Loc.  cit.  p.  188. 


—  7  — 

ral  ex-teriie  peut  très-bien  céder.  Nous  l'avons  observé 
dans  un  cas. 

Nous  ne  parlerons  pas  des  effets  produits  par  le  mouve- 
ment de  flexion  directe  de  la  jambe.  Le  contact  des  faces 
postérieures  de  la  jambe  et  de  la  cuisse  se  produit  en  effet 
bien  avant  que  l'articulation  puisse  éprouver  une  disten- 
sion douloureuse  et,  sur  le  cadavre,  l'exagération  du  mou- 
vement de  flexion  ne  peut  déterminer  aucune  lésion  arti- 
culaire. 

Qu'il  nous  soit  permis  à  ce  propos  de  montrer  combien 
ce  résultat  expérimental  vient  à  l'appui  de  ce  que  nous  di- 
sions plus  haut  sur  l'importance  de  l'action  musculaire.  En 
effet,  si  dans  le  cas  actuel,  on  voulait  négliger  ce  facteur 
important  et  s'en  tenir  strictement  aux  enseignements 
fournis  par  l'expérience  sur  le  cadavre,  on  arriverait  à 
cette  conclusion  absolument  erronée  que  l'exagération  du 
mouvement  de  flexion  du  genou  ne  peut  déterminer  aucun 
désordre  sur  le  vivant,  alors  que  bien  souvent,  on  le  sait, 
les  ruptures  du  ligament  rotulien  ne  reconnaissent  pas 
d'autre  cause  (1).  Mais,  dans  ces  cas,  en  même  temps  qu'il 
y  a  flexion  exagérée  du  genou,  il  se  produit  toujours  une 
contraciion  brusque  et  violente  du  triceps  crural,  et  ces 
deux  causes  réunies  suffisent  à  la  production  du  trauma- 
tisme. 

Dans  la  partie  clinique  de  ce  mémoire,  nous  reviendrons 
sur  ces  ruptures  du  tendon  rotulien,  en  raison  même  de 
l'épanchement  articulaire  rapide  et  abondant  qui  les 
accompagne  le  plus  souvent.  Mais,  au  point  de  vue  expéri- 
mental, elles  ne  sauraient  nous  arrêter  plus  longtemps. 

Lésions  observées  à  la  suite  des  mouvements  forcés  de 
latéralité.  L'entorse  par  flexion  latérale  de  la  jambe  sur  la 


U)  Berger.  —  Article  Rotule,  in  Dict.  encyclopddique.zo  série,  t.  V,  p.  317. 


—  8  — 

cuisse,  le  membre  inférieur  étant  dans  l'extension  absolue, 
nous  paraît  exceptionnelle.  Il  s'agit,  en  effet,  d'un  mouve- 
ment qui  n'existe  même  pas  à  l'état  d'ébauche  dans  une  ar- 
ticulation du  genou  saine,  et  nous  n'avons  pu  trouver  une 
seule  observation  démontrant  l'existence  d'une  entorse  par 
flexion  latérale  de  la  jambe  dans  l'acception  réelle  du  mot. 
M.  Troncin  (1),  à  propos  d'une  entorse  survenue  pendant 
un  assaut  d'armes,  dit  que  «  la  jambe  subit  une  flexion  exa- 
gérée en  dehors  »,  mais  cette  assertion  ne  saurait  modifier 
notre  manière  de  voir.  «  En  rompant  très-vite,  ajoute 

M.  Troncin,  le  pied  gauche  porta  à  faux  »  Il  sufïit 

d'avoir  fait  ou  vu  faire  une  seule  fois  des  armes,  pour  être 
bien  convaincu  que,  dans  ce  cas,  c'est  la  rotation  forcée  de 
la  jambe  sur  la  cuisse  qui  a  dû  jouer  le  principal  rôle. 

Bref,  l'excessive  rareté  de  l'entorse  par  flexion  latérale 
nous  paraît  indéniable,  et  nous  avons  cru  pouvoir,  sans  in- 
convénient, restreindre  beaucoup  notre  expérimentation 
sur  ce  point.  Cinq  genoux  seulement  ont  été  soumis  à  l'ex- 
périence. 

Nos  résultats  confirment  encore  ceux  de  Bonnet,  et,  pour 
les  résumer,  nous  ne  saurions  mieux  faire  que  de  repro- 
duire le  passage  suivant  emprunté  à  l'article  de  M.  Panas  (2): 
«  Les  mouvements  forcés  de  latéralité  déterminent  des  rup- 
tures des  ligaments  périphériques  (postérieurs  et  latéraux), 
surtout  du  côté  du  sommet  de  l'angle  qu'on  imprime  à  la 
jambe,  plus,  la  rupture  de  l'un  ou  des  deux  ligaments  croisés 
à  la  fois  ;  le  tibia  se  subluxe  du  côté  du  sommet  de  l'angle, 
tandis  que  le  fémur  se  porte  en  sens  inverse  et  en  avant.  La 
rotule  suit  le  tibia  dans  ses  déplacements;  enfin,  la  jambe 
se  porte  dans  la  rotation  en  dehors  lors  de  l'adduction 


(\)  Troncin.  —  Des  épanchments  sanguins  de  l'articulation  du  genoux 
thèse  1872. 

(2)  Dict.  de  méd.  et  de  chir.  pratiques;  t.  XVl,  p.  2b. 


forcée,  tandis  qu'elle  tourne  en  sens  inverse  quand  on  a 
exercé  Vàbduction  forcée.  Le  muscle  poplité  et  les  muscles 
placés  au  côté  du  sommet  de  l'angle  sont  souvent  rupturés, 
mais  les  vaisseaux  et  les  nerfs  restent  intacts.  » 

En  étudiant  attentivement  les  lésions  qui  succèdent  à 
l'extension  ou  à  la  flexion  latérale  du  genou,  il  nous  a  paru 
que  ces  lésions  avaient  un  ordre  de  succession  assez  cons- 
tant.Dans  l'extension,  par  exemple,  il  nous  a  semblé  que 
les  ligaments  croisés  et  le  postérieur  devaient  céder  tout 
d'abord  ;  Bonnet  le  pense  aussi,  et  trois  de  nos  expériences 
démontrent  que  ce  double  arrachement  peut  exister  seul. 
Des  lésions  limitées  aux  ligaments  croisés  peuvent  aussi  se 
montrer. 

Nous  ne  pensons  pas  toutefois  que  cette  succession  puisse 
être  considérée  comme  absolue.  La  physiologie  nous  ensei- 
gne, en  effet,  que  dans  l'extension  tous  les  ligaments,  aussi 
bien  les  latéraux  que  les  croisés,  se  trouvent  tendus,  et 
M.  le  professeur  Sappey  (1)  nous  dit  même  que  «  le  ligament 
postérieur  et  surtout  les  ligaments  latéraux  s'opposent  au 
mouvement  d'extension.  » 

Enfin,  nos  expériences  sur  les  mouvements  forcés  d'ad- 
duction ou  d'abduction  nous  permettent  les  deux  remar- 
ques suivantes  : 

1°  Lorsque  la  jambe  est  fléchie  sur  la  cuisse,  le  mouve- 
ment d'adduction  ou  d'abduction  se  complique  instantané- 
ment d'une  rotation  de  la  jambe  sur  la  cuisse,  et,  dès  lors, 
l'entorse  ne  peut  plus  être  dite  entorse  par  adduction  ou 
abduction  directe. 

2"  Dans  le  cas  où  l'extension  de  la  jambe  est  absolue,  le 
traumatisme  qui  peut  infléchir  latéralement  les  deux  seg- 
ments d'un  membre  inférieur  comprend  deux  stades  Un 
premier  stade,  dans  lequel  il  y  a  réellement  entorse  par 


(1)  Traiii  d'anatomie  descript.;  3"  édition,  t.        p.  710. 


—  10  — 

flexion  latérale  directe,  et  un  deuxième  stade,  dans  lequel 
il  se  produit  uiie  i-otation  de  la  jambe.  Dans  ce  dernier  cas 
les  lésions  observées  appartiennent  encore  à  l'entorse  par 
rotation. 

Lésions  observées  à  la  suite  des  mouvements  forcés  de 
rotation.  L'étude  de  ces  lésions  constitue  la  partie  essen- 
tielle de  nos  recherches. 

L'observation  clinique  et  l'expérimentation  établissent 
que  les  mouvements  forcés  de  rotation  de  la  jambe  sur  la 
cuisse  tiennent  sous  leur  dépendance  la  majorité  des  en- 
torses du  genou.  C'est  donc  aux  lésions  provoquées  par  cet 
ordre  de  mouvement  qu'il  nous  faut  surtout  demander  la 
raison  d'être  des  épanchements  sanguins  dont  nous  pour- 
suivons l'étude. 

Depuis  le  travail  de  Bonnet,  l'étude  expérimentale  des 
entorses  du  genou  est  restée  un  peu  dans  l'oubli.  Les  expé- 
rimentateurs ont  surtout  accordé  leur  attention  à  l'anato- 
mie  pathologique  des  luxations,  et  tous  les  auteurs  qui  ont 
écrit  sur  la  matière  ont  reproduit,  sans  restriction,  les  ré- 
sultats obtenus  par  le  chirurgien  Lyonnais  (1). 

Voici  comment  il  s'exprime  à  propos  des  effets  physiques 
produits  par  les  mouvements  forcés  de  rotation.  «  De  tous 
les  résultats  fournis  par  les  expériences  sur  les  mouve- 
ments forcés  du  genou,  un  des  plus  constants  est  celui  que  l'on 
obtient  en  exagérant  la  rotation  de  la  jambe  sur  la  cuisse. 
Dans  ces  cas  \ articulation  reste  intacte,  le  tibia  est  frac- 
turé à  sa  partie  moyenne  et  le  péroné  à  sa  partie  supé- 
rieure «,  et  plus  loin  «  il  arrivait  parfois  que  les  désordres 
se  passaient  au  niveau  du  cou-de-pied.  » 

S'il  est  vrai,  et  nous  croyons  le  fait  indéniable,  que  la 


(l)  MM.  Noulis  et  Hennarl  ont  institué  de  nouvelles  expériences  dans 
le  but  spécial-  d'étudier  à  nouveau  les  lésions  anatomiques  de  l'entorse  ; 
mais  leurs  observations  confirment  en  tous  points  celles  de  Bonnet. 


-  11  - 

rotation  dë  la  jambe  sur  la  cuisse  joue  un  rôle  pathogéiii- 
cxue  important  dans  la  grande  majorité  des  entorses  du  ge- 
nou, une  telle  assertion  paraît,  pour  le  moins,  singulière, 
car,  prise  au  pied  de  la  lettre,  elle  établit  une  divergence 
absolue  entre  les  enseignements  de  la  clinique  et  ceux  de 
l'expérimentation. 

Mais,  l'analj'se  du  procédé  expérimental,  auquel  Bonnet 
avait  recours,  montre  que  les  conditions,  dans  lesquelles  il 
se  plaçait  pour  opérer  le  mouvement  forcé,  ne  pouvaient 
réaliser  celles  qui  doivent  présider,  sur  le  vivant,  à  la  pro- 
duction de  l'entorse  par  rotation.  «  Pour  produire  le  mou- 
vement forcé,  nous  dit  Bonnet,  je  me  servais  du  pied 
comme  d'uii  levier,  lé  saisissant  par  lâ  partie  antérieure  et 
par  le  talon,  je  Itii  imprimais  un  mouvement  violeiit  de  ro- 
tation en  dëdaiis  dii  eii  dehors. 

«G'était,jé  pense, liie  placer  dans  les  conditions  qui  se  rap- 
procheiit  le  plus  de  celles  qui,  sur  le  vivant, donnent  lieu  au 
mouvement  forcé  de  rotation  de  la  jambe  sur  la  cuisse.  En 
effet,  en  raison  de  la  direction  de  son  axe  qui  fait  un  angle 
droit  avefc  la  jambe,  le  pied  ë^t  presque  nécessairement  le 
point  sur  lequel  est  appliquée  la  force  qui  entraîne  la 
jambe  daiis  le  mouvement  de  rotation  forcée,  de  même  qu'il 
est  le  siège  de  la  résistance  lorsque  c'est  le  fémur  qui  se 
meut  sur  le  tibia.  » 

En  raisonnant  ainsi.  Bonnet  nous  paraît  avoir  négligé 
complètement  le  h)le  de  l'action  musculaire,  sur  lequel 
Jious  àvons  déjà  insisté.  Bien  évidemment,  si  les  muscles 
delajatnbe  restaient  passifs,  l'entorse  du  genou  par  rota- 
tion de  la  jambe  serait  impossible,  caries  résultats  obtenus 
par  Bonnet  sont  vrais,  nous  les  avons  vérifiés  sur  plusieurs 
sujets. 

Mais,  sur  le  vivant  les  choses  ne  se  passent  pas  ainsi.  Le 
faux  pas  ou  la  chute  qui  détermine  une  entorse  du  genou 
peut  dans  une  certaine  mesure,  par  la  nature  même  de  sa 
direction  concentret  sUf  le  genoU  la  résultante  des  effets 


—  12  — 

produits  sur  le  membre  inférieur,  mais  pour  que  cette 
transmission  soit  possible,  intégrale  et  par  conséquent 
efficace,  il  faut  que  l'ensemble  des  muscles  de  la  jambe  pro- 
duise au  moment  de  l'accident  une  sorte  d'ankylose  phy- 
siologique de  l'articulation  tibio-tarsienne. 

Au  moment  où  le  traumatisme  se  produit,  la  contraction 
instinctive  des  muscles  de  la  jambe  peut  réaliser  cette  con- 
dition. Il  peut  se  faire  aussi  que  le  pied  et  la  partie  infé- 
rieure de  la  jambe  soient  immobilisés  par  le  genre  du  trau- 
matisme et  les  mêmes  conditions  se  trouvent  encore 
réalisées  pour  la  transmission  de  l'effort. 

On  comprend  dès  lors  ce  qu'il  y  a  d'imparfait  dans  la 
méthode  expérimentale  de  Bonnet.  Personne  ne  songe  à 
nier  les  entorses  du  genou  par  rotation  et  les  épanche- 
ments  sanguins  qui  viennent  les  compliquer  ;  il  est  donc 
bien  certain  qu'une  rotation  forcée  de  la  jambe  peut  déter- 
miner des  lésions  dans  le  genou  sans  produire  fatalement 
une  lésion  de  l'articulation  tibio-tarsienne  ou  une  fracture 
de  jambe.  La  déduction  s'impose  d'elle-même,  mais,  si  nette 
qu'elle  nous  ait  paru, elle  venait  se  heurter  contre  l'auto- 
rité justement  considérable  du  nom  de  Bonnet  et  nous 
désirions,  avant  tout,  légitimer  notre  manière  de  voir. 

Pour  étudier  les  désordres  anatomiques  qui  se  produisent 
dans  le  genou  sous  l'influence  d'une  rotation  forcée  de  la 
jambe,  nous  avons  toujours  eu  soin  de  prendre  la  jambe  à 
pleine  main  pour  la  porter  en  rotation  forcée.  Pendant  que 
nous  produisions  ce  mouvement  un  ou  deux  aides  immo- 
bilisaient le  fémur.  En  procédant  ainsi  nous  avons  presque 
toujours  produit  des  lésions  dans  le  genou.  Nous  avons 
échoué  sur  quelques  sujets  trop  jeunes,  trop  robustes  ou 
trop  vieux,  sur  les  premiers  nos  efforts  sont  restés  sans 
résultat  et  sur  les  derniers,  la  fracture  de  la  jambe  ou  de 
l'extrémité  inférieure  du  fémur  est  venue  mettre  fin  a 
l'expérience  avant  toute  lésion  articulaire  appréciable, 
mais  ce  fait  était  bien  facile  à  prévoir  et  vient  seulement 


—  13  — 

confirmer  les  lois  générales  formulées  par  Bonnet,  sur 
les  traumatismes  osseux  et  articulaires. 

_  La  roiaiion  en  dedans  de  la  jambe  sur  la  cuisse  peut 
se  produire  dans  trois  conditions  diflférentes  :  la  jambe  étant 
étendue,  la  jambe  étant  flécliie  modérément  ou  môme  a 


angle  droit,  la  jambe  étant  fléchie  au-delà  de  l'angle  droit. 

Si  la  jambe  est  étendue,  la  rotation  en  dedans  est  phy- 
siologiquement  impossible.  En  cherchant  à  la  produire  sur 
le  cadavre,  on  ne  peut  obtenir  que  les  résultats  dus  à  ce  que 
nous  avons  appelé  le  premier  stade  du  mouvement  d'ad- 
duction forcée;  l'arrachement  de  l'une  des  insertions  du 
ligament  latéral  externe  en  sera  la  conséquence  première, 
et  presqu'aussitôt  un  mouvement  de  rotation  en  dehors 
avec  légère  flexion  de  la  jambe  viendra,  nous  le  savons, 


—  14  — 

complique!'  l'expérienpe.  Ce  rno.de  de  production  de  l'en- 
torse doit  être  d'ailleurs  très-rare  en  clinique. 

Si  la  jambe  est  modérément  fléchie,  à  145»  par  exemple, 
la  rotation  devient  possible  comme  mouvement  physiolo- 
gique. La  tubérosité  extei-ne  du  tibia  tourne  autour  d'un 
axe  vertical  passant  par  le  centre  de  la  tubérosité  interne 
qui  tourne  sur  elle-même  ;  la  torsion  des  ligaments  croisés 
s'exagère  et  les  ligaments  latéraux  se  tendent. 

Mais,  le  point  où  la  tension  est  la  plus  forte  siège  au 
niveau  de  cette  portion  de  la  capsule  articulaire  constituée 
surtout  parles  solfies  ^^sertions  de  l'aponévrose  fémorale 
en  arrière,  et  &ur  le  tuberci^^p.  de  \^  \^^X^4\^é  externe  du 
tibia  {tubercule-  du  jamUer  antérieur^ 

Ce  fait  est  façile  à  constater  en  exam^^^^nt  un  genou  dé- 
pouillé de  soji  enveloppe  ç^tanée.  Il  ex^stp  ^n  ce  point  du 
surtout  fibreux  articulaire  une  bande  f^b^e^se,  nacrée,  ré- 
sistante, qui,  dans  l'exagération  du  i^^ouvement  de  rotation 
en  dedans,  subit  toujours  un  degvé  d^  tension  extrême.  Ce 
point  de  physiologie  nous  intéresse  iQ\\\  particulièrement, 
car  il  peut  nous  fouri^ir  des  ç^pnnéea  ^^^iportantes  sur  la 
production  d'une  lésioA  spéc^f^le  Oa  \^  tubérosité  tibiale 
externe  qui  s'observe  ayec  ^in^  pertai^p  fréquence  à  la  suite 
des  mouvements  forcés  de  rotation  en  dedans.  Cette  lésion 
n'a  jamais  été  Récrite.  Des  recherches  bibliographiques 
assez  nombreuses  nous  permettent  cette  assertion.  Nous 
l'avons  obtenue  IT  fois,  complète  ou  incomplète,  sur  40  ex- 
périences de  torsion  du  genou  en  dedans. 

Les  Fig.  1,  2,  3,  que  nous  devons  à  l'obligeance  de 
notre  excellent  ami  E.  Brissaud,  la  montrent  sous  ses  dif- 
férents aspects.  Elle  est  remarquable  par  la  fixité  de  son 
siège  et  se  trouve  essentiellement  constituée  par  une  petite 
cavernule  creusée  dans  le  tissu  spongieux  du  tibia.  Elle 
communique  avec  l'intérieur  de  l'articulation  par  une  pe^ 
tite  fente  antéro-postérieure  dont  la  lèvre  externe  est  for- 
cée par  la  synoviale  déchirée  et  dont  la  lèvre  interne  ré- 


—  35  — 

pond  exactement,  en  général,  à  cette  arôte  mousse, 
constituée  par  l'union  de  la  face  supérieure  et  delà  lace 
externe  du  plateau  tibial. 

Cette  boutonnière,  cette  fissure,  cachée  par  le  fibro-car- 
tilage  semi-lunaire  externe,  présente  une  largeur  variable. 
Parfois  très-petite,  elle  ne  dépasse  jamais  le  niveau  du  tu- 
bercule du  jambier,  en  avant,  et  le  niveau  de  l'articulation 
péronéo-tibiale,  en  arrière.  La  plaie  spongieuse  dans  la- 


Fig.  S.—  Tubérositii  externe  du  tibia.  — Même  lésion  que  dans  la  planche  pré- 
cédeate.  Le  fibro-cartilage  B,  renversé  en  dehors,  laisse  voir  la  fente  A  qui 
met  les  aréoles  spongieuses  du  tibia  en  communication  avec  la  cavité  articu- 
laire. —  La  petite  croix  G  indique  la  situation  du  tubercule  du  jambier  anté- 
rieur. 


quelle  elle  conduit,  présente  en  général  de  5  à  10  millimè- 
tres de  profondeur.  Lorsqu'on  écarte  les  lèvres  de  cette 
boutonnière,  en  renversant  en  dehors  la  partie  correspon- 
dante de  la  capsule  articulaire  (Fz^.  2),  elle  prend  la  forme 
d'un  petit  nid  de  pigeon.  Ainsi,  communication  exclusive 
des  aréoles  spongieuses  du  tibia  avec  la  cavité  de  l'articu- 
lation, tel  est  son  caractère  principal. 
La  fixité  de  son  siège  se  trouve  d'ailleurs  en  parfaite 


—  16  ~ 

harmonie  avec  son  mode  de  production.  Les  fibres  nacrées 
et  résistantes  qui  forment  la  partie  antéro-externe  du  sur- 
tout fibreux  articulaire  et  dont  nous  avons  signalé  plus  haut 
le  degré  de  tension  extrême,  lorsque  la  jambe  est  tordue  en 
dedans,  exercent  une  traction  violente  sur  leur  point  d'in- 
sertion et  l'arrachent.  Cen'est  jamais  le  tubercule  de  Gerdy 
qui  cède,  mais  la  portion  d'os  située  immédiatement  en  ar- 
rière. Peut-être  faut-il  en  chercher  la  raison  dans  la  moin- 
dre résistance  du  tissu  osseux  en  ce  point.  Quelle  que  soit 
d'ailleurs  l'explication,  le  fait  est  constant,  et  c'est  là  ce 
qu'il  faut  retenir. 

La  lésion  que  nous  décrivons  peut  être  complète  ou  in- 
complète ;  en  d'autres  termes,  la  plaie  osseuse  peut  s'ac- 
compagner ou  non  de  la  rupture  du  cul-de-sac  synovial. 
Lorsqu'on  la  rencontre  sans  déchirure  de  ce  cul-de-sac  et 
partant  sans  communication  avec  l'intérieur  de  la  join- 
ture, c'est  là  ce  qu'on  peut  appeler  le  premier  degré  de 
la  lésion  ;  il  suffit  alors  de  renverser  le  flbro-cartilage 
semi-lunaire  et  de  donner  un  petit  coup  de  pointe  sur  le 
bord  du  plateau  tibial,  au  point  connu,  pour  tomber,  si  l'on 
peut  dire,  dans  la  plaie  osseuse.  Le  plus  souvent,  toutefois 
(14  fois  sur  17),  la  lésion  est  complète.  Elle  nous  paraît  in- 
téressante en  raison  des  liens  qui  l'unissent  à  l'entorse  par 
faux  pas  ;  nous  voulons  parler  de  l'entorse  par  rotation  de 
la  jambe,  celle-ci  étant  modérément  fléchie.  Nous  ne  l'avons 
jamais  obtenue  que  sur  des  adultes  ou  des  vieillards.  Dans 
certains  cas,  dès  les  premiers  efforts  de  torsion,  et  sans 
déployer  une  grande  force,  on  perçoit  un  petit  craquement, 
la  lésion  est  produite.  Elle  existe  alors  seule  et  sans  autre 
désordre  articulaire.  La  Figure  3  en  est  un  exemple.  Ail- 
leurs, elle  pourra  se  compliquer  de  l'arrachement  de  l'inser- 
tion supérieure  du  ligament  croisé  antérieur,  de  l'arrache- 
ment de  l'insertion  inférieure  du  ligament  latéral  externe 
ou  môme  d'une  véritable  entorse  de  l'articulation  péronéo- 
tibiale. 


Pour  terminer  ce  qui  est  relatif  aux  résultats  obtenus  à 
la  suite  des  mouvements  forcés  de  rotation  en  dedans,  la 
jambe  étant  peu  fléchie,  nous  dirons  que  bien  souvent  si 
l'on  cherche  à  se  maintenir  dans  ces  conditions  expérimen- 
tales on  n'obtient  aucune  lésion  ;  nous  avons  constaté  ce 
fait  sur  plus  de  vingt  genoux,  que  nous  avons  soumis  en- 
suite à  d'autres  traumatismes  et  qui  appartenaient  soit  à 


des  sujets  très-jeunes,  soit  à  des  sujets  trop  vigoureusement 
constitués. 

En  opérant  la  rotation  en  dedans,  la  jambe  étant  fléchie 
à  angle  droit,  les  résultats  diff-èrent  peu  des  précédents, 
car  les  mômes  ligaments  se  tendent  et  résistent. 

La  bande  aponévrotique  insérée  au  tubercule  de  Gerdy 
subit  toujours  une  tension  très-grande  ;  mais  la  traction 
qu'elle  opère  sur  ses  insertions  tibiales  se  fait  dans  un 
sens  très-difl-érent.  Lorsque  la  jambe  est  peu  fléchie,  cette 
traction  s'opère  en  haut,  en  dehors  et  en  avant,  tandis 

Segond. 

2 


qu'elle  se  fait  presque  directement  en  arrière,  et  perpen- 
diculairement à  l'axe  du  tibia  lorsque  la  jambe  est  fléchie  à 
angle  droit.  Ce  dernier  mode  de  traction  reste  à  peu  près 
le  mêjine  lorsqu'on  fléchit  plus  encore  la  jambe.  Cette  re- 
marque est  très-facile  à  vérifier  sur  le  cadavre. 

En  nous  plaçant  dans  ces  conditions  expérimentales, 
notre  lésion  est  possible, mais  elle  devient  plus  rare. 

Etudions  maintenant  les  lésions  déterminées  par  la  rota- 
tion en  dedans,  lorsque  la  jambe  est  fléchie  au-delà  de 
l'angle  droit.  Cette  flexion  est  pour  ainsi  dire  classique  dans 
les  entorses  par  chute.  Presque  tous  les  malades  vous  di- 
sent, en  eff"et,  qu'ils  sont  tombés  et  qu'ils  ont  eu  la  jambe 
prise  sous  eux. 

Lorsqu'on  vient  à  fléchir  ainsi  une  jawbe  pour  lui  im- 
primer ensuite  un  mouvement  de  rotation  en  dedans,  on  peut, 
étant  donnée  la  liberté  des  mouvements  de  la  hanche, 
opérer  le  mouvement  de  deux  manières.  On  peut,  en  effet, 
porter  le  talon  en  dehors  ou  en  dedans  de  l'axe  fémoral  et 
tordre  ensuite.  Les  lésions  sont  difl'érentes  dans  les  deux 
cas. 

Dans  le  premier  cas,  c'est  le  ligament  latéral  interne  qui 
supporte  tout  l'efi^ort  et,  quel  que  sqit  d'ailleurs  le  mouve- 
ment forcé,  rotation  en  dedans,  rotation  en  dehors,  ou 
simplement  traction  directe  sur  l'extrémité  inférieure  de 
la  jambe  fléchie,  on  obtient  presque  toujours  les  mêmes 
lésions  anatomiques. 

L'arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligament 
croisé  antérieur,  l'arrachement  de  l'insertion  fémorale  du 
ligament  latéral  interne,  la  déchirure  du  ligament  adi- 
peux, l'arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligament 
croisé  postérieur  et  le  décollement  de  l'insertion  inférieure 
du  ligament  croisé  postérieur  figurent  isolés  ou  combinés 
dans  presque  toutes  nos  expériences.  Sur  deux  genoux, 
nous  avons  obtenu  notre  lésion  tibiale,  mais  elle  n'existait 
pas  seule.  Une  seule  fois  nous  l'avons  vue  se  produire  sans 


—  19  — 

arrachement  dés  ligaments  latéraux  ou  des  ligaments  croisés, 
mais  il  existait  en  môme  temps  une  déchirure  du  ligament 
adipeux,  et,  chose  curieuse,  la  partie  antéro-interne  de  la 
tubérosité  interne  du  tibia  présentait  une  lésion  en  tous 
points  semblable  à  celle  de  la  tubérosité  opposée.  Ce  fait 
est  resté  unique  dans  toutes  nos  expériences. 

Si  nous  supposons  maintenant  cfue  la  flexion  de  la  jambe 
s'accompagne  d'une  translation  du  talon  en  dedans  de  l'axe 
fémoral,  tout  l'effort,  quel  que  soit  encore  le  sens  de  la 
rotation,  porte  non  plus  sur  le  ligament  latéral  interne, 
mais  bien  sur  la  partie  antéro-externe  de  la  capsule  arti- 
culaire, sur  le  ligament  latéral  externe  et  sur  les  croisés 
dont  les  lésions  conservent  leur  extrême  fréquence. 

Arrachement  de  l'une  des  insertions  du  ligament  latéral 
externe,  lésion  spéciale  en  arrière  du  tubercule  de  Gerdy, 
arrachement  des  ligaments  croisés,  rupture  du  ligament 
adipeux,  fracture  de  l'extrémité  supérieure  du  péroné, 
telles  sont  les  lésions  observées. 

Dans  la  rotation  en  dehors,  que  nous  devons  étudier 
maintenant,  les  trois  mêmes  attitudes  principales  de  la 
jambe  peuvent  exister  au  moment  du  traumatisme  :  l'ex- 
tension, la  flexion  légère  ou  à  angle  droit,  et  la  flexion 
dépassant  l'angle  droit. 

Tout  ce  qui  précède,  nous  autorise  à  être  bref.  Dans 
l'extension,  le  genou  ne  possède  pas  de  mouvement  de 
rotation  ;  si,  cherchant  à  tordre  la  jambe  en  dehors,  on 
produit  une  lésion  articulaire,  celle-ci  appartient  à  l'his^ 
toire  de  l'abduction  forcée. 

Si  la  jambe  est  fléchie  modérément  ou  à  angle  droit,  il 
faut  déployer  une  force  considérable  pour  obtenir  un  ré- 
sultat et  bien  plus  souvent  encore  que  pour  la  rotation 
en  dedans,  nos  elTorts  sont  restés  infructueux. 

Dans  les  seize  cas  où  nous  avons  réussi,  l'arrachement 
de  l'une  des  insertions  des  ligaments  latéraux  et  l'arrache- 
ment des  insertions  des  ligaments  croisés,  sont  les  seules 


—  20  - 

lésions  que  nous  ayons  obtenues  avec  une  certaine  cons- 
tance. Si  la  jambe  est  fléchie  au-delà  de  l'angle  droit,  nous 
retrouvons  exactement  la  même  division  que  pour  la  rota- 
tion en  dedans  et  nous  pourrions  répéter  mot  pour  mot  ce 
que  nous  avons  dit  à  son  sujet. 

Notre  lésion  est  ici  absolument  exceptionnelle  et  ne  peut 
se  produire  qae  si  la  cuisse  étant  en  abduction  le  talon 
vient  se  placer  en  dedans  de  l'axe  fémoral.  Dans  ces  con- 
ditions, nous  l'avons  obtenue  une  fois. 

Ce  qu'il  faut  retenir,  c'est  que  si  la  jambe  est  fléchie  au- 
delà  de  l'angle  droit,  ce  n'est  plus  tel  ou  tel  mouvement  de 
rotation  qui  commande  les  lésions,  mais  bien  la  situation 
du  talon  relativement  à  la  cuisse.  Si  le  talon  se  porte  eu 
dehors  de  la  cuisse,  c'est  vers  le  ligament  interne  que  se 
produisent  les  lésions.  C'est  au  contraire  vers  les  liens 
articulaires  externes  que  se  produisent  les  lésions  si  le 
talon  est  porté  en  dedans  de  la  cuisse. 

Le  développement  donné  aux  détails  précédents  nous  a 
paru  nécessaire,  décrivant  pour  la  première  fois  les  lésions 
du  genou  qui  succèdent  aux  mouvements  de  rotation  forcée, 
il  nous  était  impossible  de  nous  borner  à  l'indication  pure 
et  simple  de  nos  résultats  sans  rechercher  leur  mécanisme 
ou  leur  raison  d'être. 

Nous  devons  maintenant  déterminer,  comment  et  dans 
quelle  mesure,  cette  étude  expérimentale  peut  éclairer 
l'histoire  pathogénique  des  épanchements  sanguins  du 
genou  par  entorse. 

Les  lésions  qui  succèdent  aux  mouvements  forcés  du 
genou  peuvent  se  ranger,  quelle  que  soit  la  nature  exacte 
du  mouvement  forcé  initial,  en  deux  groupes  principaux. 

Les  unes  portent  sur  les  ligaments  périphériques  de  l'ar- 
ticulation, les  autres  sont  absolument  intra-articulaires. 
C'est  à  ces  dernières  qu'il  faut  demander  la  source  des 
hémorrhagies  exclusivement  intra-articulaires  abondantes 
et  rapides.  Nous  ne  pensons  pas,  en  eff'et,  que  les  lésions 


—  21  — 

des  ligaments  latéraux  aient  à  ce  point  de  vue  une  grande 
importance.  Supposons  par  exemple,  l'arrachement  de 
rinsertion  inférieure  du  ligament  latéral  externe  ;  dans  la 
plupart  des  cas  il  n'existera  pas  de  communication  entre  la 
blessure  osseuse  et  l'intérieur  de  l'articulation. 

Le  lait  suivant,  que  nous  empruntons  à  la  tlièse  de 
M.  Noulis  (1),  nous  en  donne  la  preuve  clinique  :  «  femme 
de  24  ans,  morte  dans  le  service  de  M.  Tillaux,  à  l'hôpital 
Lariboisière,  d'une  fracture  du  bassin,  produite  depuis 
deux  semaines  environ  à  la  suite  d'une  chute  du  deuxième 
étage.  Son  genou  gauche  présentait  deux  ecchymoses,  l'une 
en  dedans,  l'autre  en  dehors,  plus  large.  L'examen  physi- 
que montre  que  le  ligament  latéral  externe  est  déchiré.  A 
la  dissection,  on  observe  un  épanchement  de  sang  dans  les 
interstices  musculaires.  L'insertion  inférieure  du  ligament 
latéral  externe  est  déchirée  avec  quelques  parcelles  osseu- 
ses. Varticulaiion  est  absolument  intacte.  » 

Lorsque  les  ligaments  latéraux  cèdent  à  leur  insertion 
fémorale  on  voit  encore  la  synoviale  rester  bien  souvent 
intacte  au-dessous  de  la  déchirure  et  s'opposer  ainsi  à 
l'issue  du  sang. 

Ainsi,  dans  beaucoup  de  cas,  impossibilité  pour  le  sang 
de  pénétrer  dans  l'articulation.  Cette  assertion  n'a  cepen- 
dant rien  d'absolu  et  les  cas  inverses  sont  possibles,  ainsi 
l'insertion  supérieure  d'un  ligament  latéral  peut  se  décoller 
de  bas  en  haut  et  permettre  aux  orifices  vasculaires  situés 
sur  la  face  externe  du  condyle  fémoral  correspondaut  déver- 
ser leur  sang  dans  l'intérieur  de  la  jointure.  Ailleurs,  c'est 
une  plaie  spongieuse  que  l'on  obtient.Deux  fois,  par  exemple, 
nous  avons  vu  l'extrémité  supérieure  du  ligament  latéral 
interne  arracher  une  lame  osseuse  de  plus  de  trois  centi- 
mètres carrés  et  faire  communiquer  ainsi  l'articulation 


i\)  Thfese  1875.  De  f entorse  du  genou. 


avec  une  véritable  caverne  creusée  dans  les  aréoles  spon- 
gieuses du  condyle  fémoral  interne.  Mais  dans  les  cas  de 
ce  genre  la  lésion  des  ligaments  latéraux  n'existe  pas 
seule,  le  ligament  adipeux  se  déchire,  les  ligaments  croisés 
arrachent  leurs  points  d'insertion  {Fig,  4),  les  sources 
de  l'hémorrhagie  articulaire  deviennent  multiples  et  le 


Fig,  4.  —  Arrachement  de  l'insertion  inférieure  du  ligament  croifé  antérieur 
avec  plaie  spongieuse,  A. 

nom  d'entorse  ne  convient  plus  à  de  pareils  désordres.  11 
est,  en  effet,  évident  qu'à  partir  d'un  certain  ordre  de 
lésions,  l'entorse  devient  une  véritable  fracture  intra- 
articulaire.  Cette  remarque  est  importante,  car  souvent  la 
difficulté  qu'on  éprouve  à  déterminer  le  moment  où  l'une 
fait  place  à  l'autre,  rend  très- délicate  l'interprétation  des 
faits  expérimentaux. 

En  résumé,  l'épanchement  sanguin  intra-articulaire  par 
lésion  des  ligaments  périphériques  est  possible  ;  mais  nous 
le  croyons  exceptionnel  et,  en  tous  cas,  son  existence  se 


—  23  — 

complique  presque  toujours  de  l'effusion  d'une  quantité  va- 
riable de  sang  autour  de  l'articulation. 

Bien  différentes  sont  les  lésions  intra-articulaires  pro- 
prement dites.  Celles-ci  portent  sur  les  ligaments  croisés., 


Fig.  5." —  A.  Arrachement  de'l'insertion  supérieure  du  ligament  croisé  posté- 
rieur. Les  aréoles  spongieuses  sont  mises  à  nu.    B.  Lambeau  de  synoviale 
E  détaché,  flottant,     laissant  à   nu    l'extrémité    supérieure    C  du  ligament 
,  croisé  antérieur  qui  ne  présente,  lui,  aucune  lésion  appréciable. 


sur  le  ligament  adipeux,  ou  bien  enfin  sur  cette  portion  du 
tissu  osseux  tibial  qui  est  située  immédiatement  en  arrière 
du  tubercule  de  Gerdy. 

^Les  lésions  que  nous  avons  observées  du  côté  des  liga- 
ments croisés  sont  très-fréquentes.  Nos  résultats  expéri-' 
mentaux  montrent  que  le  sens  de  la  rotation  ne  modifie 


-  24  - 

en  rien  leur  fréquence  ou  leur  mode  de  groupement,  ils 
établissent  en  outre,  qu'elles  peuvent  exister  à  l'exclusion 
de  tout  autre  désordre  articulaire.  Ce  fait  a  pour  nous  une 
très-grande  importance,  car  leur  influence  sur  la  production 
des  épanchements  est  très-nette.  Qu'il  s'agisse  de  la  mise  en 
communication  des  aréoles  spongieuses  des  extrémités  arti- 
culaires avec  l'intérieur  de  l'articulation,  ou  bien  de  la  rup- 
ture des  ramuscules  de  l'articulaire  moyenne,  la  possibilité 
d'une  hémori^liagie  intra-articulaire  ne  saurait  être  mise 
en  doute.  Or,  nous  le  savons,  ces  conditions  se  trouvent 
presque  toujours  réalisées  {Fig.  4  et  S]  lorsque  les  effets  du 
traumatisme  se  localisent  sur  les  ligaments  croisés,  et  dans 
les  cas,  rares  il  est  vrai,  où  ces  ligaments  se  décliirent  à 
leur  partie  moyenne  sans  arracher  leur  point  d'insertion, 
ce  véritable  couvercle  du  tissu  spongieux,  la  rupture  des 
rameaux  de  l'articulaire  moj-enne  acquiert  une  grande  im- 
portance. D'ailleurs,  pour  montrer  ce  que  peut  donner  la 
simple  distension  exagérée  des  ligaments  croisés  sans  lé- 
sion apparente,  nous  signalerons  le  fait  suivant  : 

Après  avoir  imprimé  à  un  genou  un  mouvement  de  ro- 
tation en  dedans  assez  violent,  nous  avons  poussé  dans 
l'artère  correspondante  une  injection  de  gélatine  colorée 
avec  du  bleu  soluble.  Au  cours  d«  l'expérience  nous  n'a- 
vions perçu  aucun  craquement.  En  ouvrant  l'articulation 
nous  avons  constaté  une  ecchymose  très-nette  autour  des 
ligaments  croisés.  La  synoviale  n'avait  cédé  sur  aucun 
point  et  s'était  opposée  à  l'effusion  du  liquide  à  injection 
dans  la  jointure.  Si  l'on  joint  à  ce  résultat  expérimental 
la  possibilité  d'une  déchirure  delà  synoviale  sans  arrache- 
ment du  ligament  correspondant  (Fig.  S),  on  peut  trouver 
là  une  cause  très-réelle  d'hémorrhagie. 

Notre  lésion  tibiale  présente,  elle  aussi,  toutes  les  con- 
ditions voulues  pour  favoriser  la  production  d  une  hémar- 
throse,  en  vertu  même  de  la  communication  (|u'elle  établit 
entre  la  cavité  articulaire  et  des  aréoles  spongieuses  de 


—  25  — 

l'extrémité  supérieure  du  tibia  dont  l'extrême  vascularisa- 
tion  est  bien  connue  depuis  les  travaux  de  M.  le  professeur 
Richet  sur  les  tumeurs  vasculaires  des  os  (1).  Cette  extré- 
mité supérieure  est,  comme  le  dit  M-  Richet  (2),  «  non-seu- 
lement la  plus  vasculaire  du  tibia,  mais  peut-être  encore  de 
tous  les  os  de  l'économie.  » 

Il  nous  reste  à  examiner  les  ruptures  du  ligament  adi- 
peux. A  notre  connaissance,  cette  lésion  n'a  pas  été  si- 
gnalée. Elle  a  pourtant  son  importance,  car  le  ligament 
adipeux  contient  de  petits  vaisseaux  rectilignes  dont  le 
calibre  est  très-sufflsant  pour  produire  une  liémorrliagie  en 
cas  de  rupture  ;  hémorrhagie  de  courte  durée  sans  doute, 
puisqu'il  s'agit  d'un  arrachement,  mais  incontestable. 
Tous  les  mouvements  forcés  du  genou  paraissent  aptes 
à  produire  cette  lésion.  Complète  ou  incomplète,  elle  se 
rencontre  surtout  lorsqu'un  mouvement  de  rotation  forcé 
vient  surprendre  la  jambe  fléchie  au-delà  de  145°.  —  Sa  fré- 
quence est  grande.  —  Plusieurs  fois  dans  nos  expériences 
nous  l'avons  trouvée  incomplète  :  toute  la  partie  inférieure 
du  ligament  était  arrachée,  quelques  filaments  la  retenaient 
encore  au  fémur.  Plus  souvent  c'est  une  rupture  complète 
que  nous  avons  constatée. 

Pour  résumer  à  notre  point  de  vue  spécial  les  considéra- 
tions précédentes,  nous  dirons  qu'en  face  d'une  entorse  du 
genou  compliquée  d'épanchement  sanguin  intra-articulaire 
rapide  et  bien  exclusivement  intra-articulaire,  l'hémorrha- 
gie  devra  être  attribuée,  soit  aux  lésions  des  ligaments 
croisés,  soit  à  la  déchirure  du  ligament  adipeux,  soit  à 
la  plaie  spongieuse  que  nous  avons  décrite  sur  le  tibia, 
en  arrière  du  tubercule  de  Gerdy. 

Nous  sommes  trop  convaincu  de  l'extrême  relativité  des 


(l)  Archives.  Décembre  1864.  Janvier  1805. 

',2)  Richet.  —  Leçons  cliniques  sur  les  fractures  de  jambe.  1876,  p.  33. 


phénomènes  physiologiques  et  pathologiques  pour  vouloir 
attribuer  à  cette  assertion  une  infaillibilité  quelconque. 
Les  sources  possibles  d'une  hémorrhagie  intra-articu- 
laire  doivent  certainement  échapper  à  toute  localisation 
exclusive.  Nous  avons  montré  nous-mêmes  que  les  liga- 
ments latéraux  tiraillés  peuvent  se  détacher  au  niveau  de 
leur  insertion  supérieure  comme  sous  l'effort  d'une  rugine, 
et  mettre  à  nu  les  orifices  vasculaires  du  condyle  fémoral 
qui  peuvent  alors  verser  une  quantité  de  sang  notable  dans 
l'intérieur  de  la  jointure.  Il  faut  aussi  tenir  compte  des 
faits  exceptionnels  :  un  épanchemenl  extra-articulaire  au 
début  et  siégeant  par  exemple  dans  une  bourse  séreuse 
sous-tricipitale  sans  communication  avec  l'articulation  peut 
perforer  la  sjaioviale  et  constituer  une  hémo-hydarthrose. 
M.  Ficatier  (1)  cite  deux  exemples  à  l'appui  de  ce  mode 
pathogénique.  Mais  ce  sont  là  des  cas  spéciaux,  des  excep- 
tions et  la  localisation  des  sources  de  l'hémorrhagie,  telle 
que  nous  la  proposons,  nous  semble  répondre  à  la  grande 
majorité  des  faits  cliniques,  lorsque  l'épanchement  est  cons- 
titué par  du  sang  pur. 

Les  lésions  limitées  à  la  synoviale,  invoquées  partons  les 
auteurs  pour  expliquer  la  production  des  hémarthroses 
nous  paraissent  donc  jouer  à  cet  égard  un  rôle  tout  à  fait 
secondaire. 

Elles  peuvent,  nous  l'admettons,  figurer  seules  à  l'étio^ 
logie  dans  les  cas  d'épanchements  simplement  hydro-héma- 
tiques,  mais  elles  ne  sauraient  fournir  une  quantité  de 
sang  suffisante  pour  remplir  brusquement  l'articulation  du 
genou.  La  synoviale  saine  contient  en  effet  fort  peu  de  vais- 
seaux (2)  et  l'exagération  pathologique  de  sa  vascularisa- 
tion  par  le  fait  d'une  arthrite  antérieure,  par  exemple, 


(1)  Ficatier.  —  Contribution  à  l'histoire  des  imimatismes  du  genou. 
Th.  1878. 

(2)  ;  Panas.  —  Loc  cit. 


-  27  - 

pourrait  seule  donner  une  importance  réelle  aux  simples 
déchirures  de  la  séreuse  articulaire. 

II  pous  reste  maintenant  peu  de  chose  à  dire  surrétiolo- 
gie  générale  des  épanchements  sanguins  par  entorse  et  les 
causes  habituelles  de  l'entorse  du  genou  telles  que  chutes, 
faux-pas,  etc.,  sont  trop  bien  connues  pour  que  nous  ayons 
à  y  insister.  Nous  rappellerons  seulement  l'importance 
extrême  qu'il  faut  accorder  aux  mouvements  de  rotation 
de  la  jambe  sur  la  cuisse.  Nous  avons,  en  effet,  montré 
comment  ils  viennent  compliquer  la  plupart  des  mouve- 
ments forcés  que  l'on  peut  expérimentalement  imprimer  à 
une  articulation  du  genou.  L'analyse  consciencieuse  des 
observations  nous  a  paru  confirmer  cette  donnée  expéri- 
mentale, et  nous  pensons  que  les  mouvements  forcés  de 
rotation  jouent  presque  toujours  un  rôle  capital  dans  là 
production  des  entorses  du  genou  avec  hémarthroses  con- 
sécutives. 

Le  degré  de  fréquence  de  ces  épanchements  sanguins 
est  très-difficile  à  déterminer.  Le  genou  figure  en  effet 
parmi  les  articulations  qui  sont  le  plus  rarement  atteintes! 
d'entorse.  «  Après  l'entorse  tibio-tarsienne,  nous  dit 
M.  Terrier  (1)  viennent  par  ordre  de  fréquence,  les  en- 
torses du  tarse,  du  poignet,  des  phalanges  des  doigts  et 
surtout  du  pouce,  celles  du  genou,  etc..  »  L'entorse  du 
genou  occupe  donc  le  cinquième  rang  dans  ce  tableau,  ét 
■le  petit  nombre  des  observations  nous  empêche  d'évaluer 
exactement  le  nombre  des  cas  où  l'hémorrhagie  intra-arti- 
l'ulaire  peut  succéder  à  ce  traumatisme. 

Nous  nous  croyons  autorisés  cependant  à  considérer 
cette  complication  comme  fréquente  et  nous  dirons  avèô 
Bonnet  que  «  les  épanchements  sanguins  traumatiques  sont 


(1)  Jamaia  et  Terrier.—  Pathologie  chirurgicale,  t.  II,  p.  99,  3»  édition. 


—  28  - 

peut-être  plus  fréquents  au  genou  que  dans  aucune  autre 
articulation.  » 

Symptômes.  —  Marche.  —  Diagnostic. 

Dans  les  épancliements  sanguins  du  genou  par  entorse, 
les  symptômes  propres  de  l'entorse  s'effacent  devant  ceux 
de  l'hémorrhagie  intra-articulaire.  Ce  fait  domine  leur  his- 
toire clinique  et  leur  donne  une  physionomie  spéciale  qu'il 
importe  de  bien  connaître. 

Le  blessé,  lors  de  la  production  du  traumatisme,  éprouve 
une  douleur  articulaire  vive,  accompagnée  ou  non  de  la 
sensation  de  craquement,  et  parfois  assez  violente  pour  dé- 
terminer une  syncope.  Cette  douleur  est  due  au  tiraillement 
ou  à  la  déchirure  des  ligaments.  Les  recherches  de  M.  le 
professeur  Sappey  sur  l'innervation  des  tissus  fibreux  ne 
laissent  aucun  doute  à  cet  égard;  et  Bichat  n'était  pas 
si  loin  de  la  vérité  qu'on  a  bien  voulu  le  dire,  lorsqu'il  attri- 
buait à  l'exquise  sensibilité  des  ligaments  la  douleur  ini- 
tiale de  l'entorse. 

Peu  après  l'accident,  les  parties  distendues  outre  mesure 
se  relâchent,  la  douleur  s'apaise  et  les  malades  peuvent  en 
général  se  relever  et  se  servir  de  leur  membre.  Mais  ce 
calme  est  de  courte  durée,  au  bout  de  peu  de  temps,  quel- 
ques heures  au  plus,  les  douleurs  articulaires  réapparais- 
sent, sourdes,  profondes,  contusives  et  tout  mouvement 
spontané  ou  provoqué  détermine  le  plus  souvent  des  souf- 
frances atroces.  Jusqu'ici  rien  ne  différencie  l'épanchement 
sanguin  par  entorse  de  l'entorse  simple.  C'est  le  mode  d'ap- 
parition du  gonflement  articulaire  qui  vient  créer  le  pre- 
mier signe  distinctif. 

Ce  gonflement,  presque  toujours  considérable,  a  pour 
caractère  principal  d'être  brusque  et  rapide.  Nos  observa- 
tions sont  très-concluantes  à  cet  égard  et  montrent  que 


—  29  — 

répanchement  peut  acquérir  son  maximum  de  développe- 
ment en  vingt  ou  vingt-cinq  minutes.  A  ce  point  de  vue 
comme  à  beaucoup  d'autres,  il  existe  la  plus  frappante 
analogie  entre  les  épanchements  sanguins  par  entorse  et 
ceux  qui  succèdent,  soit  aux  fractures  de  la  rotule,  soit  aux 
ruptures  du  tendon  rotulien.  Dans  ces  cas,  en  effet,  l'é- 
panchement  de  sang  s'observe  très-fréquemment,  et  son 
apparition  suit  toujours  alors  de  très-près  la  fracture  ou  la 
rupture. 

Cette  distension  brusque  de  la  cavité  articulaire  par  le 
sang  épanché  agit  à  la  manière  d'une  injection  forcée,  et 
détermine  presque  toujours  du  côté  du  membre  inférieur 
cette  attitude  spéciale  qui  répond  au  maximum  de  relâche- 
ment des  ligaments  et  au  maximum  de  capacité  de  la  syno- 
viale. La  jambe  est  fléchie  à  145°  sur  la  cuisse  et  le  membre 
inférieur  repose  sur  le  lit  par  sa  face  externe.  Toute  ten- 
tative d'extension  ou  de  flexion  exagère  nettement  la  ten- 
sion des  culs-de-sac  de  la  synoviale  et  provoque  des  souf- 
frances très-vives. 

Les  téguments  de  la  région  sont  très-tendus  et  présentent 
parfois  une  teinte  légèrement  rosée,  qui  vient  révéler  la 
coexistence  d'une  arthrite  légère.  Presque  toujours,  dans 
les  cas  de  ce  genre,  l'application  de  la  main  sur  la  jointure 
fait  percevoir  une  élévation  de  température  qui,  d'après  les 
observations  de  M.  Terrillon,  peut  varier  de  quelques  dixiè- 
mes à  3°  ou  4°.  Mais  on  peut  dire  que  dans  la  grande  ma- 
jorité des  cas  les  téguments  conservent  leur  coloration  nor- 
male. Les  ecchymoses  péri- articulaires,  auxquelles  certains 
auteurs  attachent  beaucoup  d'importance,  sont  rares.  Dans 
nos  observations,  l'existence  de  ce  symptôme  n'est  pas 
notée  une  seule  fois,  et  s'il  est  facile  de  concevoir  sa  fré- 
quence réelle  dans  les  épanchements  à  la  fois  péri  et 
intra-articulaires,  nous  le  considérons,  en  revanche, 
comme  exceptionnel  dans  les  épanchements  intra-articu- 
laires proprement  dits.  . 


-  30  — 

Enfin,  riiémarthrose  en  elle-même  se  révèle  au  chirur- 
gien par  tous  les  signes  classiques  de  l'hydarthrose,  et 
l'exploration  méthodique  de  la  jointure  ne  peut  laisser  au- 
cun doute  sur  la  nature  liquide  de  l'épanchement  arti- 
culaire. Souvent  le  choc  rotulien  se  perçoit  nettement, 
mais  souvent  aussi  la  réplétion  de  la  cavité  articulaire  est 
telle,  qu'il  est  impossible  d'amener  la  rotule  au  contact  des 
condjies  fémoraux. 

D'après  beaucoup  d'auteurs,  la  fluctuation  a  souvent  quel- 
que chose  de  pâteux  qui  la  distingue  de  celle  de  l'hydar- 
throse.Il  se  peut  aussi  qu'on  perçoive  la  crépitation  propre 
aux  caillots  qu'on  écrase  entre  les  doigts.  Ce  dernier  fait, 
signalé  par  J.  Cloquet,  existe  surtout  lorsqu'il  y  a  rupture 
de  la  synoviale  et  extravasation  du  sang  dans  le  tissu  cellu- 
laire profond.  Pour  obtenir  cette  sensation,  certaines  ré- 
gions de  l'articulation  devront  être  explorées  de  préférence 
à  d'autres.  Les  injections  de  sang  pur,  que  notre  ami,  le 
D-"  Poncet,  a  pratiquées  sur  des  genoux  de  lapin,  lui  ont,  en 
effet,  montré  que  les  caillots,  toujours  très-petits,  ont  des 
lieux  d'élection  en  rapport  avec  la  disposition  même  de  la 
séreuse  articulaire.  Celle-ci  forme  en  certains  points  de  véri- 
tables poches  oii  le  sang  va  naturellement  se  collecter,  et  les 
caillots  se  rencontrent  toujours  dans  le  fond  du  cul-de-sac 
sus-rotulien  ou  plus  souvent  encore  dans  les  culs-de-sac  ré- 
tro-condy liens. On  pourrait  dire  que  le  sang  se  collecte  là  où 
il  trouve  de  la  place  et  les  mouvements  de  l'articulation, 
l'animal  courant,  marchant,  doivent  contribuer  au  refoule- 
ment des  caillots  dans  les  points  que  nous  avons  signalés. 

Ces  différents  caractères  de  la  fluctuation  sont  utiles  à 
rechercher,  mais  on  a,  selon  nous,  beaucoup  trop  exa- 
géré leur  importance.  Sur  nos  six  malades  la  crépitation 
sanguine  n'existait  pas,  et  nous  n'avons  pas  constaté  da- 
vantage que  la  fluctuation  fût  différente  de  celle  de 
l'hydarthrose  franche.  Il  en  a  été  de  même  chez  tous  les 
malades  que  M.  Terrillon  a  suivis. 


—  31  — 

Nous  pensons  donc  que  la  constatation  de  ces  deux  si- 
gnes, caractère  pâteux  de  la  fluctuation  et  sensation  de 
crépitation,  est  absolument  exceptionnelle  dans  les  épan- 
chements  sanguins  intra- articulaires  et  n'est  en  aucune 
manière  indispensable  au  diagnostic  de  l'hémarthrose. 

L'exploration  méthodique  de  l'articulation  révélera  sou- 
vent l'existense  de  points  douloureux  au  niveau  des  atta- 
ches ligamenteuses.  M.  Thévenot  (1)  insiste  avec  beau- 
coup de  raison  sur  l'existence  de  deux  points  douloureux 
situés  de  chaque  côté  de  la  jointure  au  niveau  même  de  l'in- 
terligne articulaire  et  sur  la  fréquence  extrême  d'un  point 
douloureux  maximum,  au  niveau  de  l'insertion  inférieure 
du  ligament  latéral  interne. 

Il  est  très-dil'flcile,  au  début  de  l'affection,  de  voir  s'il 
existe  oui  ou  non  des  mouvements  anormaux,  toute  ma- 
nœuvre de  ce  genre  causant  de  très- vives  douleurs  au  ma- 
lade. Il  est  toutefois  des  cas  où  ces  mouvements  peuvent 
se  constater  et  servir  beaucoup  au  diagnostic  de  la  lésion 
articulaire. 

Lorsque  le  liquide  épanché  dans  l'articulation  est  hydro- 
hématique,  les  symptômes  diffèrent  peu  de  ceux  que  nous 
venons  de  passer  en  revue  et  la  différence  porte  simple- 
ment sur  la  rapidité  moins  grande  de  l'épanchement.  Vingt 
ou  quarante-huit  heures  sont  toujours  en  effet  nécessaires 
pour  qu'un  épanchement  hydro-hématique  acquière  son 
maximum  de  développement.  C'est  à  l'épanchement  hydro- 
hématique  primitif  seul  que  nous  faisons  allusion.  Nous 
verrons,  par  la  suite,  qu'un  épanchement  sanguin  pur  au 
début  devient  plus  tard  hydro-hématique  en  raison  même 
des  modifications  que  subit  fatalement  le  sang  épanché. 
Dans  ce  cas,  l'épanchement  hydro-hématique  est  consécu- 


(i;  Thévenot,  th.  1866.  —  De  la  ponction  dans  les  émnchements  traumati- 
sées arlmuairis.  * 


* 


-  32  — 

tif,  et  son  histoire  appartient  tout  entière  à  celle  de  l'épan- 
cheraent  sanguin  pur.  Quel  que  soit  d'ailleurs  le  liquide 
épanché  (sang  pur  ou  plus  ou  moins  mélangé  de  sérosité) 
c'est,  on  peut  le  dire,  le  fait  de  l'épanchement  intra-articu- 
laire  qui,  dans  les  cas  ordinaires,  constitue  toute  la  maladie. 

Lorsque  les  lésions  causées  par  le  traumatisme  acquièrent 
une  certaine  intensité  ou  se  produisent  sur  un  sujet  déjà 
prédisposé  gux  affections  articulaires,  le  tableau  sympto- 
matique  pourra  toutefois  se  compliquer  beaucoup.  Si,  par 
exemple,  les  phénomènes  inflammatoires  prennent  le  des- 
sus, l'importance  de  l'épanchement  pourra  s'effacer  devant 
la  gravité  d'une  arthrite  plus  ou  moins  intense,  entraînant 
avec  elle  tout  un  ensemble  symptomatique  bien  connu;  et 
tous  les  degrés  qui  séparent  l'entorse  grave  de  l'entorse 
légère  pourront  s'observer  dès  le  début  tout  aussi  bien  que 
dans  la  marche  ultérieure  de  l'affection. 

Dans  les  cas  de  ce  genre,  c'est  surtout  à  la  nature  des  lé- 
sions articulaires  ou  bien  aux  prédispositions  du  malade, 
«  à  la  blessure  et  au  blessé  «  comme  le  dit  M.  le  professeur 
Verneuil,  qu'il  faut  demander  la  raison  d'être  du  plus  ou 
moins  de  gravité  des  phénomènes  inflammatoires.  La  pré- 
sence du  sang  sur  la  séreuse  articulaire  saine  ne  joue  en 
effet  qu'un  rôle  restreint  à  ce  point  de  vue  et  son  influence 
phlogogène  indéniable,  il  est  vrai,  nous  intéresse  seulement 
au  point  de  vue  de  la  lenteur  souvent  considérable  de  la 
résorption  de  l'épanchement. 

Les  expériences  de  M.  le  professeur  Vulpian  ont  éta- 
bli que  le  sang  provoque  dans  le  tissu  séreux  ime  inflam- 
mation légère,  se  traduisant  par  une  vascularisation 
exagérée  de  la  séreuse  et  la  production  d'une  fausse  mem- 
brane épaisse,vasculaire,  enkystant  complètement  le  caillot 
sanguin.  Dès  lors,  comme  l'a  observé  M.  le  D''  Fara- 
beuf  dans  une  thèse  remarquable  (1),  les  conditions  désira- 


(l)  Farabeuf.  —  Thèse  d'agrégation,  1876,  p.  90. 


bles  pour  l'absorption  n'existent  plus  ni  du  côté  du  liquide, 
ni  du  côté  de  la  membrane,  et  la  disparition  très-lente  des 
caillots  trouve  ainsi  son  explication  naturelle. 

Si  nous  insistons  sur  ce  point,  si  nous  cherchons  à 
rattacher  surtout  à  la  violence  du  traumatisme  et  aux 
prédispositions  du  malade  l'évolution  de  phénomènes  in- 
flammatoires qui,  dès  leur  apparition,  dominent  la  scène 
pathologique,  c'est  pour  montrer  que,  dans  les  cas  où  l'épan- 
chement  sanguin  suppure  (abcès  traumatique  de  Larrey) 
le  sang  en  lui-même  y  est  pour  peu  de  chose.  Dans  ces  cas 
d'ailleurs  où  l'articulation  contient  du  sang  et  du  pus,  le 
diagnostic  n'est  plus  :  épanchement  sanguin  par  entorse, 
mais  bien:  arthrite  suppurée  traumatique. 

Mais,  supposons  l'épanchement  sanguin  simple,  tel  qu'oa 
l'observe  habituellement,  dégagé  de  toute  complication  in- 
flammatoire et  cherchons  maintenant  quelle  est  sa  marche 
habituelle,  quel  est  son  pronostic. 

Un  fait  capital  ressort  de  la  lecture  des  observations, 
c'est  la  lenteur  extrême  de  la  résorption  de  l'épanche- 
ment. Mais  il  est  en  outre  quelques  autres  facteurs  dont 
il  faut  tenir  compte,  et  l'épanchement  n'étant  en  lui-même 
que  le  résultat  d'une  entorse  doit  comporter  tout  d'abord 
le  pronostic  de  cette  entorse  si  légère  qu'elle  puisse  être. 

Sans  revenir  sur  les  complications  aiguës  possibles, 
nous  rappellerons  donc  rapidement  toutes  les  éventualités 
auxquelles  peut  exposer  l'entorse  simple,  en  raison  de  l'ar- 
thrite légère  qu'elle  provoque  nécessairement. 

Comme  l'a  très-bien  remarqué  M.  le  D"-  Bouilly  (1)  «  à 
son  début  l'arthrite  est  une;  c'est  une  inflammation  simple, 
sans  caractère  spécifique  et  c'est  le  terrain  seul  qui  va  lui' 
imprimer  son  caractère.  La  semence  est  la  même,  les  pro- 


[\)^om\\j.— Comparaison  des  arthropathies  rhumatismaUs  scroMeuses  tt 
nyphiliHqnts.  [Tlièst  d'agrégation,  1878.) 


Sggo»d. 


—  Sé- 
duits seuls  seront  diflérents,  non  dans  les  premiers  temps 
de  leur  existence,  mais  à  leur  période  de  maturité.» 

Nous  savons  très-bien  comment  l'entorse  d'un  vieillard 
ou  d'un  scroiuleux  peut  entraîner  avec  elle  l'ankylose 
gu  la  tumeur  blanche.  Nous  savons  aussi  comment  l'exis- 
tence d'une  entorse  antérieure  peut  favoriser  une  récidive. 
Tous  les  auteurs  ont  insisté  sur  ce  point,  et  l'on  sait 
même  que,  pour  Dupuytren,  les  récidives  étaient  plus  fré- 
quentes quand  il  y  avait  une  simple  élongation  que  lorsque 
les  ligaments  étaient  déchirés. 

Enfin,  et  pour  ne  parler  que  des  cas  les  plus  simples,  la 
clinique  enseigne  que  si  la  guérison  absolue  s'observe  la  plu- 
part du  temps,  bien  souvent  aussi  les  douleurs  articulaires- 
persistent  fort  longtemps  (1),  et  si  vous  revoyez  les  malades 
deux  ou  trois  mois  api^ès  leur  accident,  beaucoup  d'entre 
m%  vous  apprendront  qu'ils  ne  marchent  plus  comme  par 
le  passé.  Leur  jambe  est  faible  et  leur  genou,  resté  plus 
volumineux  que  celui  du  côté  opposé,  devient  facilement 
et  sous  l'influence  du  moindre  exercice,  chaud,  rouge  et 
tendu. 

Ces  remarques  sont  applicables  à  toutes  les  entorses, 
mais  elles  deviennent  particulièrement  vraies  lorsqu'il 
s'agit  de  l'entorse  du  genou  compliquée  d'hémarthrose. 
Toutes  ces  éventualités  doivent  donc  être  prises  en  grande 
considération,  dans  le  pronostic  des  épanchements  sanguins 
de  l'entorse.  Mais,  nous  le  répétons,  si  l'on  envisage  l'é- 
panchement  sanguin  en  lui-même,  ce  qui  domine  avant 
tout  dans  l'histoire  de  son  pronostic,  c'est  la  lenteur  exces- 
sive de  la  résorption.  On  voit,  en  effet,  cette  longue  survie 
de  l'épanchement  entraîner  fatalement  avec  elle  les  consé- 
quences les  plus  fâcheuses  au  point  de  vue  de  l'intégrité 
fonctionnelle  de  la  jointure  et  de  la  guérison  des  malades. 


(l)  Deux  ans  chei  un  malade  de  M.  Panas.  Voy.  Th.  Hennart. 


—  85  — 

L'observation  présentée  par  M.  Nicaise  à  la  Société  de 
cliii'urgie  en  novembre  1876  en  est  un  exemple  frappant 
et  presque  toutes  les  observations  sont  d'ailleurs  très-con- 
cluantes à  cet  égard. 

Rappelons  enfin  que  les  épanchements  sanguins  articu- 
laires peuvent  donner  lieu,  par  les  transformations  suc- 
cessives qu'ils  subissent,  à  la  production  ultérieure  de 
corps  étrangers  mobiles  articulaires.  Personne,  à  l'heure 
actuelle,  ne  croit  évidemment  plus  à  l'organisation  du 
sang  épanché  et  à  sa  transformation  en  tissu  cartilagi- 
neux, flbro-cartilagineux  ou  osseux,  mais  cette  hypo- 
thèse adoptée  par  Velpeau  et  Hunter,  conserve  toute 
son  importance  clinique  dans  les  cas  où  les  corps 
étrangers  articulaii'es  sont  formés  par  une  matière  flbri- 
neuse  homogène  non  vasculaire  (1).  Les  faits  de  ce  genre 
sont  rares,  mais  leur  existence  est  indéniable.  Ph.  Boyer  a 
extrait  des  corps  étrangers  composés  d'une  matière  blan- 
che s'écrasant  sous  le  doigt  et  qui  «  parut  n'être  autre 
chose  que  de  la  fibrine  décolorée.»  Fabre  (2),  Legouest  (3) 
ont  cité  des  faits  analogues  et  le  professeur  Nélaton  a  ob- 
servé un  malade,  porteur  d'un  corps  étranger  articulaire, 
reconnaissant  évidemment  pour  cause  une  hémorrhagie 
intra-articulaire,  consécutive  à  une  chute  sur  le  genou.  Ce 
mode  pathogénique  des  corps  étrangers  articulaires  est 
donc  indiscutable  et  l'on  doit  en  tenir  compte  dans  le  pro=^ 
nostic  de  l'hémarthrose. 

Tels  sont  les  symptômes,  la  marche  et  le  pronostic  des 
épanchements  sanguins  du  genou  abandonnés  à  eux-mê- 
mes. Leur  production  très-rapide,  la  survie  très-longue  de 
l'épanchement  et  ses  conséquences  pronostiques  sont  en 
résumé  les  principaux  traits  de  leur  histoire. 


(I)  Follin  et  n^iphy.  —  Trailg  de  pathol.  mime,  t.  III,  p.  143,  1808. 
W  Dicl.  des  Dict.  T.  II.  '  r  > 

(3)  Legouest.^—  Chirurgie  d'armée,  p.  020. 


—  36  - 

•  Si  Ton  ponctionne  le  genou,  la  marche  de  l'affection  est 
tout  autre.  A  cet  égard,  les  faits  que  nous  rapportons  à  la 
fin  de  ce  mémoire  et  la  plupart  des  cas  d'épanchements  san- 
guins que  nous  avons  pu  recueillir  dans  les  auteurs  sont 
très-concluants  et  démontrent  nettement  l'innocuité  de  la 
ponction  et  la  fréquence  d'une  guérison  très-rapide  à  la 
suite  de  cette  opération.  Nous  reviendrons  sur  ce  poin^ 
au  chapitre  du  traitement.  Mais,  cette  question  de  la 
ponction  articulaire  nous  conduit  tout  naturellement  à 
résumer  ici  les  principaux  caractères  du  liquide  épan- 
ché. 

La  quantité  de  sang  contenue  dans  l'articulation  varie 
ordinairement  entre  80  et  100  grammes,  mais  elle  peut  être 
plus  considérable.  Dans  les  cas  habituels  c'est  du  sang 
absolument  pur  qu'on  retire  de  l'articulation.  (M.Terrillon 
a  pu  constater  une  fois,  à  l'aide  du  microscope,  que  les 
globules  du  sang  n'avaient  subi  aucune  altération.)  Dans 
certains  cas,  on  peut  voir,  à  la  surface  du  liquide  sanguin 
recueilli  après  la  ponction,  une  couche  plus  ou  moins 
épaisse  de  gouttelettes  graisseuses  constituées  par  de 
l'huile.  M.  Ficatier  (1)  a  beaucoup  insisté  sur  ce  point. 
Dans  le  cas  où  l'épanchement  huileux  se  reproduit  malgré 
des  ponctions  articulaires  successives,  il  pense  qu'il  faut  en 
chercher  la  cause  dans  une  communication  de  la  cavité 
articulaire  avec  les  aréoles  spongieuses  du  fémur,  mises  à 
découvert  par  l'arrachement  d'un  ligament. 

Si,  au  contraire,  à  la  suite  d'une  première  ponction  l'é- 
panchement huileux  ne  se  renouvelle  pas,  il  croit  devoir 
en  attribuer  la  production  à  ce  qu'il  appelle  le  décourage- 
ment du  tissu  cellulaire,  état  spécial  de  la  vésicule  adi- 
peuse qui  résulterait  de  la  stupeur  inévitable  à  la  suite 
d'une  attrition  violente  


(l)  Loc.  fit. 


—  37  - 

Nous  admettons  volontiers  qu'une  frange  synoviale 
puisse  être  comme  écrasée  au  cours  d'une  entorse  et  que 
ses  vésicules  adipeuses  rompues  laissent  échapper  leur  con- 
tenu. Il  n'y  aurait  là  que  l'exagération  d'un  phénomène 
physiologique  admis  par  Frerichseten  vertu  duquel  la  ma- 
chine animale  pourrait,  comme  le  dit  M.  Farabeuf  (1)  se 
graisser  elle-même  en  broyant  les  extrémités  des  franges 
synoviales.  Mais,  remarquons-le  bien,  ce  phénomène  phy- 
siologique est  déjà  contestable,  et  pour  ce. qui  est  du  décou- 
ragement admis  par  M.  Ficatier,  nous  ne  voyons  dans  cette 
idée  et  surtout  dans  le  mot  choisi  pour  la  rendre,  qu'une 
création  purement  hypothétique. 

Pour  notre  part,  nous  trouvons  qu'il  est  plus  rationnel  de 
rattacher  les  épanchements  huileux  intra-articulaires  à  une 
plaie  du  tissu  spongieux  tibial  ou  fémoral  analogue  à  celles 
que  nous  avons  décrites.  Cette  manière  de  voir  a  tout  au 
moins  l'immense  avantage  de  se  trouver  en  rapport  avec 
l'histoire  clinique  des  fractures  ouvertes,  dans .  le  foyer 
desquelles  nous  voyons  si  souvent  des  gouttelettes  hui- 
leuses. 

En  résumé,  nous  dirons  que  l'épanchement  peut  être  con- 
stitué par  du  sang  pur,  mélangé  ou  non  de  gouttelettes  hui  • 
leuses,  par  un  liquide  hydro-héraatique,  ou  bien  encore  par 
du  liquide  synovial  contenant  une  certaine  quantité  de 
sang  et  des  flocons  fibrineux.  M.  Panas  fait  très-bien  re- 
marquer que  ces  différences  s'expliquent  par  le  mode  de 
production  de  l'épanchement.  Celui-ci,purement  hématique 
au  début,  peut  se  trouver  mélangé  d'une  quantité  variable 
de  sérosité  sécrétée  par  la  synoviale  enflammée;  il  peut 
arriver  aussi  que  de  la  sérosité  pure  s'épanche  tout  d'a- 
bord et  que  des  néo-membranes  vasculaires,  venant  à  se 
former,  y  déversent  ensuite  une  certaine  quantité  de  sang. 


fl)  Loc.  <:it. 


—  38  — 

Nous  savons  enfin,  comment  C3rtaines  lésions  initiales  de 
l'entorse,  impuissantes  à  produire  une  hémorrhagie  rapide 
et  abondante,  peuvent  néanmoins  donner  lieu  à  un  suinte- 
ment sanguin  plus  ou  moins  abondant  qui  viendra  teinter 
le  liquide  d'une  hydarthrose  traumatique. 

•  -^Nous  avons  jusqu'ici  accordé  notre  atteîition  aux  symp-^ 
tômes  et  au  pronostic  des  hémarthroses.  Il  nous  faut  main- 
tenant, pour  terminer  leur  étude,  déterminer  les  éléments 
éxacts  de  leur  diagnostic,  recherchei*  les  signes  qui  permet- 
tent d'affirmer  la  nature  sanguine  d'un  épanchement  trau- 
matique du  genou  et  voir  si  l'examen  méthodique  de  la 
jointure  peut  faire  connaître  les  sources  de  l'hémorrhagie 
articulaire  lorsqu'elle  succède  à  l'entorse  de  l'articulation. 

Nous  supposerons  d'abord  le  cas  le  plus  simple  et  le  plus 
fréquent,  celui  d'un  épanchement  liquide  articulaire  accom- 
pagné de  symptômes  inflammatoires  très-légers  et  pure- 
ment locaux. 

Lorsqu'on  peut  constater  une  fluctuation  pâteuse  se  dis- 
tinguant de  celle  de  l'hydarthrose  et  qu'on  perçoit  en  mêine 
témpsla  crépitation  propre  aux  caillots  qu'on  écrase  entre  les 
doigts,  le  diagnostic  hémarthrose  s'impose.  Mais  l'existence 
de  ces  deux  signes  est,  nous  le  savons,  absolument  excep- 
tionnelle et  dans  presque  tous  les  cas,  c'est  à  l'abondance 
de  l'épanchement  et  surtout  à  lâ  rapidité  plus  ou  moins 
grande  de  sa  production  qu'il  faut  demander  les  éléments 
du  diagnostic. 

Un  épanchement  met-il  un  quart  d'heure,  une  demi-heure 
ou  même  quelques  heures  pour  atteindre  son  maximum  de 
développement  et  produire  en  quelque  sorte  une  injection 
forcée  de  la  jointure,  on  peut  affirmer  qu'il  est  constitué  par 
du  sang  pur.  Ce  caractère  est  poiir  iious  pathognomonique 
et,  joint  à  l'abondance  notable  du  liquide  épanché,  il  autorise 
le  diagnostic  épanchement  sanguin  pur,  alors  même  que  rien 
dans  les  caractères  de  la  fluctuation  ou  dans  la  nature  sou- 


—  39  — 

vent  indéterminée  des  désordres  articulaires  ne  parait  de. 
voir  corroBorer  ce  diagnostic.  Nous  insistons  beaucoup  sut:' 
ce  point.  Quant  aux  eccliymoses  péri-articulaires,  elles 
peuvent  servir  au  diagnostic  de  l'entorse  en  elle-même; 
mais,  au  point  de  vue  de  l'épanchement,  elles  ne  peuvent 
donner  autre  chose  qu'un  signe  distinctif  entre  les  lié- 
morrliagies  à  la  fois  péri  et  intra-articulaires  et  celles  qui 
sont  exclusivement  intra-articulaires.  Notre  avis  à  cet 
égard  est  donc  absolument  opposé  à  celui  de  M.  Guede- 
ney  (1),  lorsqu'il  nous  dit  que  le  diagnostic  épancliement 
séreux  doit  être  porté  lorsqu'on  ne  constate  ni  ecchymosé 
ni  infiltration  1 

..Dans  les  cas  où  l'épanchement  est  simplement  hydro- 
hématique,  le  diagnostic  peut  être  beaucoup  plus  difficile. 
Ici  encore  c'est  l'époque  d'apparition  de  l'épanchement  qui 
nous  fournira  les  signes  les  plus  utiles.  M.  Panas  dit  aveô 
raison  que  lorsqu'un  épanchement  articulaire  abondant 
s'est  produit  dans  les  premières  24  ou  48  heures,  il  faut 
le  considérer  comme  hydro-hématique,  dans  les  cas  au 
contraire  où  l'apparition  de  l'épanchement  est  plus  tardive 
et  manifestement  précédée  par  les  symptômes  habituels 
d'une  arthrite  légère  c'est  au  diagnostic  hydarthrose  trau- 
matique  qu'il  faudra  se  rattacher. 

Dans  les  cas  où  l'on  se  croit  justement  autorisé  de  par 
l'ensemble  et  la  marche  des  symptômes  à  porter  le  diagnos-. 
tic  épanchement  sanguin  pur,  il  peut  se  faire  qu'une  ponc^. 
tion  tardive  donne  issue  à  un  liquide  simplement  hydro- 
hématique.  Il  n'y  a  rien  là  qui  puisse  nous  étonner  ou 
modifier  la  réalité  du  premier  diagnostic,  car  ce  fait  est  en 
parfaite  harmonie  avec  ce  que  nous  savons  sur  la  modifi-. 
cation  que  subit  fatalement  le  sang  lorsqu'il  est  injecté 
dans  une  cavité  séreuse. 


(l)  Efwlogie  et  symptômes  des  dpanchements  articulaires  tratmatimiet 
Thèse  1876. 


Enfin  dans  les  cas  exceptionnels  d'ëpanchement  sanguin 
par  entorse  où  l'intensité  du  traumatisme  et  l'étendue 
des  lésions  déterminent  une  artlirite,  ce  sont  encore  les 
considérations  tirées  de  l'abondance  de  la  production  plus 
ou  moins  rapide  de  l'épanchement  initial  qui  nous  permet- 
tront de  porter  un  diagnostic  exact  toutes  les  fois  que 
l'articulation  du  genou  contiendra  du  pus  et  du  sang. 

La  physionomie  clinique  d'un  épanchement  sanguin  du 
genou  est,  on  le  voit,  caractéristique  et  permet  en  général 
un  diagnostic  très-précis.  Il  est  enrevanciie  beaucoup  plus 
difficile  d'arriver  à  une  localisation  exacte  des  sources  de 
riiémorrhagie  articulaire. 

Si  l'on  envisage,  en  effet,  les  lésions  qui  nous  paraissent 
jouer  le  principal  rôle  dans  la  production  des  hémarthroses 
du  genou,  on  peut  voir  qu'elles  ne  sont  pas  de  nature  à  pro- 
duire des  symptômes  nettement  appréciables.  L'arrache- 
ment spécial  que  nous  avons  décrit  sur  le  tibia  doit,  il  est 
vrai, se  révéler  toujours  par  l'existence  d'un  point  douloureux 
nettement  localisé  en  arrière  du  tubercule  de  Gerdy,  mais  il 
n'est  évidemment  aucun  signe  capable  de  démontrer  la 
rupture  du  ligament  adipeux  et  les  arrachements  ou  les  dé- 
chirures des  ligaments  croisés  sont  en  général  trop  peu 
étendus  pour  qu'ils  puissent  modifier  en  rien  l'intégrité  des 
mouvements  normaux  delà  jointure.  Il  en  résulte  que  bien 
souvent  le  diagnostic  des  sources  de  l'hémorrhagie  ne  peut 
se  faire  que  par  exclusion  et  n'a  d'autre  base  que  les  en- 
seignements de  l'expérimentation. 

Dans  un  certain  nombre  dë  cas,  cependant  l'exploration 
méthodique  de  la  jointure,  le  siège  des  points  douloureux, 
l'absence  ou  l'existence  de  mouvements  anormaux,  la  per- 
ception possible  de  la  crépitation  osseuse. en  un  point  limité 
de  la  région  permettent  de  déterminer  avec  exactitude  la 
nature  des  lésions  articulaires. 

Des  notions  précises  sur  le  mode  de  production  de  l'en- 
torse peuvent  aussi,  grâce  aux  enseignements  de  l'expéri- 


—  41  — 

mentation,  apporter  leur  appoint  au  diagnostic.  Malheu- 
reusement on  ne  recueille  en  général  que  des  indications 
très-imparfaites  à  cet  égard.  Au  moment  de  l'accident,  les 
malades  souffrent  et  se  préoccupent  fort  peu  de  savoir  si 
leur  jambe  a  subi  tel  ou  tel  mouvement  forcé.  Bien  souvent 
même,  ils  ne  savent  pas  si  leur  genou  a  été  oui  ou  non 
contusionné  et,  dans  la  plupart  des  cas,  la  recherche  des 
points  douloureux  et  des  mouvements  anormaux  peut  seule 
fournir  des  éléments  précis  au  diagnostic. 

—  Vient- on  à  constater  l'existence  de  points  doulou-. 
reux  nettement  localisés  à  la  périphérie  de  la  jointure,  il. 
est  toujours  facile  de  les  rapporter  à  leur  véritable  cause, 
et  ce  que  nous  avons  dit  au  cours  de  ce  mémoire  nous  dis- 
pense d'insister  sur  leur  interprétation.  Nous  voulons 
néanmoins  faire  ici  une  dernière  remarque.  Nous  ne  pen- 
sons pas  que  l'existence  d'un  point  douloureux  localisé  au 
niveau  de  l'insertion  inférieure  du  ligament  latéral  interne 
puisse  autoriser  autre  chose  que  la  notion  du  tiraillement. 
Jamais  en  effet,  dans  toutes  nos  expériences,  nous  n'avons 
observé  l'arrachement  vrai  ou  môme  la  simple  désinsertion 
de  l'extrémité  inférieure  de  ce  ligament. 

Ainsi  donc,  lorsque  ce  point  douloureux  existera  seul,  et 
c'est,  remarquons-le  bien,  ce  qui  a  lieu  dans  le  plus  grand 
nombre  des  cas,  on  devra  chercher  ailleurs  les  causes  de 
riiémorrhagie  articulaire  et  soupçonner  alors  une  lésion 
des  ligaments  croisés  ou  du  ligament  adipeux.  A  plus  forte 
raison  l'Êbsence  complète  des  points  douloureux  périphéri- 
ques devra-t-elle  conduire  au  même  diagnostic. 

L'analyse  attentive  des  mouvements  de  la  jointure  peut 
à  son  tour  rendre  de  grands  services.  On  sait  en  effet  que 
l'existence  de  mouvements  anormaux  de  latéralité  ou  de 
rotation  dans  l'extension  parfaite  du  membre  inférieur 
permet  d'affirmer  une  lésion  sérieuse  du  côté  des  ligaments 
latéraux.  Notre  excellent  collègue  M.  Moutard-Martin  a 


—  42  — 

publié  tine  observation  très-concluante  à  cet  (garà  (ij-et 
le  fait  est  d'ailleurs  en  parfaite  harmonie  avec  ce  que  nous- 
savons  du  rôle  physiologique  des  ligaments  latéraux  de 
l'articulation  du  genou. 

La  possibilité  d'imprimer  au  genou  malade  des  mouve- 
ments anormaux  dans  le  sens  antéro-postérieur  fournit- 
aussi  une  donnée  très-importante  au  diagnostic,  car  elle 
établit  nettement  l'existence  d'un  arrachement  ou  d'une 
rupture  des  ligaments  croisés.  Ce  fait  a  été  mis  en  lumière 
par  notre  excellent  ami  M.  Quenu  dans  une  série  de 
«  recherches  sur  l'état  des  ligaments  croisés  dans  l'entorse 
»  du  genou  »  (2). 

L'analyse  des  mouvements  de  l'articulation  jointe  à  la 
recherche  des  points  douloureux  peut,  on  le  voit,  fournir  des 
renseignements  précieux  pour  le  diagnostic.  Mais  dans  bien 
dés  caSî  nous  le  répétons,  ces  deux  modes  d'exploration 
restent  saris  résultat,  l'intégrité  des  mouvements  normaux 
de  la  jointure  coïncide  avec  l'absence  de  points  douloureux 
significatifs  et  se  basant  sur  les  enseignements  de  l'expéri- 
mentation, c'est  aux  lésions  du  ligament  adipeux  ou  des 
ligaments  croisés  qu'il  faut  par  exclusion  rattacher  les 
causes  de  l'hémorrhagie  articulaire. 


Traitement. 

Bans  le  cours  de  ce  mémoire  nous  avons  attifé  l'atten- 
tion sur  les  symptômes,  le  mode  de  production  et  l'origine 
de  l'épanchement  sanguin  de  l'entorse,  èt  nôus  àvôris  mon- 
tré qu'il  présente  sous  chacun  de  ces  chefs  des  caractères 


(i^  Unlhtino  de  la  Société  anatomiqne,  p.  33,  janv.  1872. 

I2)  Ce  ïrail  encore  inédit  a  été  fait  à  Clàmart  sous  l'insp.raUon  de 

M.  Tillaux. 


particuliers.  Arrivés  à  l'article  du  traitement,  nous  n'avons 
plus,  il  faut  bien  le  dire;  de  traits  spéciaux  à  signaler. 
L'épancliement  sanguin  existe  et,  quel  que  soit  son  mode 
de  production,  l'indication  thérapeutique  est,-  à  peu  té 
chose  près,  la  môme.  Nous  ne  serons  donc  pas  long  sur  ce 
point.  Mais  nous  croyons  utile  de  résumer  ici  l'ensemble 
des  opinions  émisés  sur  ce  sujet,  afin  de  conclure,  sinon 
d'une  manière  absolue,  du  moins  en  connaissance  de  cause* 
et  de  montrer,  par  la  seule  étude  des  résultats  obtenus  et 
des  observations,  qu'il  ne  faut  pas  rejeter  systématique- 
ment un  traitement  actif  (la  ponction)  qui,  à  première  vue, 
peut  sembler  périlleux. 

Pour  traiter  un  épahchement  sanguin  du  genou,  il  y  à 
deux  méthodes  : 

La  première  consiste  à  immobiliser  la  jointure  lésée; 
puiSj  à  sa  surface,  on  applique  des  cataplasmes,  des  liqui- 
des résolutifs  (eau  blanche,  alcool  camphré,  etc.,  etc.), 
des  révulsifs  (vésicatoires,  teinture  d'iode)  •  on  peut  aussi 
recourir  à  des  émissions  sanguines  locales  (sangsues,  ven^ 
touses)  ou  à  la  compression. 

La  seconde  consiste  à  évacuer  l'épanchement  sanguin, 
soif  qu'on  ponctionne  la  cavité  articulaire  avec  un  trocart 
capillaire,  soit  qu'on  l'ouvre  plus  largement  avec  la  lan- 
cette ou  le  bistouri. 

Par  la  première  de  ces  méthodes,  le  chirurgien  cherche 
à  Obtenir  la  résorption  dû  liquide  épanché,  parla  deuxième 
il  vide  la  jointure  et  cherche  à  empêcher  qu'elle  ne  se  rein^ 
plisse  à  nouveau. 

Chacune  de  ces  méthodes  a  ses  défenseurs  et  ses  détrac- 
teurs, chacune  d'elles  compte  des  succès  et  des  revers.  Ghâ-^ 
cune  aussi  a  ses  indications  et  ses  contre-indications.  Il  faut 
donc  chercher  celle  que  le  chirurgien  doit  choisir  d'une  ma- 
nière générale  et  suivant  les  cas  particuliers. 

Le  traitement  par  l'immobilisation,  les  résolutifs  et  la 
compression  était  autrefois  seul  employé.  C'est  en  effetj 


—  44  - 

le  premier  qui  se  présente  à  l'esprit,  tandis  que,  de  prime- 
abord,  la  ponction,  en  raison  de  la  plaie  articulaire  qu'elle 
détermine,  devait  paraître  irrationnelle.  Dans  un  très- 
grand  nombre  de  cas,  du  reste,  l'immobilisation,  aidée  des 
différents  moyens  que  nous  avons  signalés,  suffit  pour 
amener  la  résorption  du  liquide  épanché.  Mais,  il  n'en  est 
pas  toujours  ainsi  :  et  bien  souvent  les  épanchements  san- 
guins persistent  fort  longtemps  et  peuvent  devenir  le  point 
de  départ  d'arllirites  fongueuses,  de  corps  étrangers  articu- 
laires, etc.,  etc.  Bien  souvent  aussi,  à  la  suite  de  ces  im- 
mobilisations prolongées,  on  voit  une  articulation  ne  pas 
reprendre  sa  mobilité  normale  et  une  ankylose  complète  ou 
incomplète  lui  succéder.  Sans  parler  de  ces  cas  beaucoup 
plus  simples,  où  la  résorption  incomplète  du  liquide  épanché 
laisse  persister  dans  l'articulation  une  petite  quantité  de 
sérosité  sanguinolente  qui  détermine  de  la  gêne,  de  la 
fatigue  au  moindre  exercice. 

Nous  citerons  ici  quelques  exemples  venant  à  l'appui 
de  notre  assertion.  Dans  notre  observation  IV,  CoUin, 
Alphonse,  entre  à  l'hôpital,  le  janvier,  avec  un  épan- 
chement  articulaire.  Il  est  traité  par  l'immobilisation  et 
les  applications  de  toute  nature  à  la  surface  de  son  arti- 
culation. Le  25  avril,  lorsqu'il  sort,  trois  mois  après,  son 
articulation  contient  encore  du  liquide,  et  son  genou  me- 
sure 3  centimètres  de  plus  que  le  genou  sain. 

Dans  la  thèse  de  M.  Hennart,  nous  voyons  à  son  obser- 
vation V  le  cas  d'une  femme  entrée  le  27  décembre  avec 
un  épanchement  sanguin  articulaire  traité  par  l'immobili- 
sation Le  20  mars  suivant,  trois  mois  aussi  après,  elle 
sort,  dit-il,  presque  guérie,  n'ayant  plus  que  du  gonflement 
articulaire. 

M  Troncin  rapporte  dans  sa  thèse  une  observation  analo- 
gue c'est  un  jeune  homme  bien  constitué  qui  se  fait  une 
Entorse  du  genou  pendant  un  assaut  d'armes.  Une  vive  dou- 
leur se  produit  et  un  épanchement  abondant  a  lieu  dans 


—  45  - 

l'articulation.  .  M.  Fernet  et  M.  Ricliet,  qui  1b  soignent 
immobilisent  la  jointure,  la  compriment,  appliquent  à  la 
surlace  des  ventouses,  etc.,etc.,  et  plus  àe  deux  mois  après 
l'accident,  le  malade  éprouve  encore  une  extrême  sensi- 
bilité du  genou.  La  guérison  n'est  donc  pas  complète  et  ce- 
pendant le  malade  a  suivi  un  traitement  rationnel.  « 

Nous  pourrions  multiplier  les  citations  de  ce  genre,  ten- 
dant à  démontrer  qu'au  bout  d'un  temps  relativement  très- 
lono-  des  épanchements  sanguins  traités  sans  ^ponction 
sont  loin  d'être  résorbés.  Notre  observation  V  en  est  elle- 
même  un  nouvel  exemple.  Mais  nous  n'insisterons  pas  da- 
vantage. Nous  avons  en  effet  un  document  bien  précieux 
à  cet  égard,  c'est  l'observation  de  M.  Nicaise  (1)  suivie 
d'autopsie.  Dans  le  cas  qu'il  rapporte,  l'épanchement  non 
résorbé  constaté,  pièces  en  main,  datait  de  quatorze  mois. 
Il  s'agissait  d'un  homme  ayant  fait  une  chute  sur  le  genou  ; 
le  31  août  1875,  il  était  entré  àl'Hôtel-Dieu  et  y  avait  été 
traité  par  les  vésicatoires,  la  teinture  d'iode  et  les  pointes 
de  feu.  Parti  pour  Vincennes,  il  en  sortit  pour  rentrer  à 
l'hôpital  Temporaire  le  18  mars  où  il  mourut  le  31  octo- 
bre 1876. 

A  l'autopsie,  on  constata  dans  le  corps  strié  droit  un 
ancien  foyer  de  ramollissement,  le  genou  gauche  était  plus 
volumineux  que  le  droit,  il  renfermait  un  caillot  sanguin 
uni  aux  surfaces  articulaires  par  des  adhérences  gluti- 
neuses  ;  noir  en  certains  points,  jaunâtre  en  d'autres,  ce 
caillot  offrait  partout  une  consistance  ferme. 

Dans  ce  fait,  dit  M.  Nicaise,  on  voit  un  épanchement  san- 
guin articulaire  persister  quatorze  mois.  Le  malade  a  été 
soigné,  dès  le  début;  on  a  employé  des  résolutifs,*  puis  plus 
tard,  un  vésicatoire,  de  la  teinture  d'iode.  Quatre  mois 
après,  le  genou  restant  volumineux,  on  a  appliqué  des 


(l)  Société  de  chirurgie,  novembre  1878, 


—  46  — 

pointes  de  feu,  la  jambe  a  toujours  été  maintenue  dans 
l'extension. 

Cette  observation  se  passe  de  commentaires  et  nous  pa- 
raît démontrer  bien  nettement  la  durée  excessive  de  la 
résorption  en  cas  d'hémarlhrose. 

Frappé  de  ce  fait  Jarjavay(l)  proposa  le  premierde  ponc- 
tionner les  épanchements  sanguins  articulaires.  Voici,  dit 
M.  Ficatier  (2),  comment  Jarjavay  fut  conduit  à  ce  mode  de 
traitement:  «un  malade  de  ce  chirurgien  atteint  d'une  hémo- 
hydarthrose  traumatique  n'avait  pas  été  soulagé  par  la  po- 
sition, les  compresses  résolutives  et  la  compression  ;  les 
douleurs  persistaient.  Désespérant  d'obtenir  une  guérison 
rapide  par  d'autres  moyens,  tels  que  les  vésicatoires,  la 
cautérisation  transcurrente,  le  chirurgien  avait  eu  l'idée 
d'appliquer  aux  hémo-hydarthroses  le  traitement  de  la 
vaginalite  aiguë  qui  accompagne  les  orchites.  » 

Il  faisait  la  ponction  avec  une  lancette  et  détruisait  le 
parallélisme  des  bords  de  la  plaie.  Une  compression  était 
établie  aussitôt  après  sur  la  jointure,  bientôt  une  large 
ecchymose  se  produisait  et  le  sang  épanché  dans  le  tissu 
cellulaire  ne  tardait  pas  à  être  résorbé.  A  ce  procédé  Jar- 
javay trouvait  deux  avantages  :  la  disparition  de  la  douleur 
et  la  résorption  plus  rapide  de  l'épanchement. 

Thévenot  (3)  cite  neuf  observations  appartenant  à  Jarja- 
vay oîi  l'on  peut  voir  que  des  malades  atteints  d'épanche- 
ments  abondants  et  traités  par  cette  méthode  ont  guéri 
rapidement  dans  un  espace  de  temps  moyen  de  vingt  à 
vingt-cinq  jours. 

Depuis  les  succès  obtenus  par  M.  Jarjavay,  la  ponction 
articulaire  a  été  souvent  employée  dans  le  traitement  des 
épanchements  sanguins  du  genou.  Voillemier  et  M.  lepro- 


(1)  Oat.  des  hôpitaux,  19  décembre  1863. 

(2)  Loc.  cit. 

(3)  Loc.  cit. 


-  4^  - 

fesseurBroca  ont  même  ponctionné  les  épancliements  san- 
guins consécutifs  aux  fractures  de  la  rotule. 

Toutefois,  et  malgré  l'appui  qu'auraient  pu  lui  fourmr 
encore  les  résultats  heureux  de  M.  Dieulafoy  (1)  qui  dit 
«  avoir  vu  pratiquer  ou  pratiqué  lui-même  plusieurs  cen- 
taines d'aspirations  dans  l'articulation  du  genou  »  pour  des 
hydartliroses  de  toutes  sortes,  sans  qu'on  ait  signalé  l8 
«  moindre  accident  »,  la  ponction  était  loin  d'avoir  été 
adoptée  par  tous,  lorsque  M.  Dubreuil,  le  9  novembre  1872 
rapporta,  à  la  Société  de  chirurgie,  l'observation  d'un  ma, 
lade  qui  était  entré  dans  son  service  avec  une  fracture  de 
la  rotule  et  un  épancliement  considérable  du  genou.  Il  lui 
avait  fait  deux  ponctions  capillaires  sans  obtenir  d'évacuar 
tion  et  le  malade  n'avait  pas  tardé  à  succomber  à  des  phé- 
nomènes d'arthrite  aiguë. 

A  propos  de  cette  communication,  la  Société  de  ehirup^^ 
gie  blâmait  sévèrement  une  semblable  intervention.  Clias-r 
saignac,  M.  Verneuil,  M.  Trélat  s'accordaient  à  déclarer 
qu'on  faisait  un  abus  des  ponctions  capillaires  dont  l'inno^ 
cuité  prétendue  n'était  que  trop  infirmée  par  le  fait  que 
M.  Dubreuil  venait  de  rapporter. 

On  voit  que  les  opinions  étaient  alors  bien  partagées  au 
point  de  vue  de  l'intervention  en  pareil  cas.  Elles  le  sont 
encore  aujourd'hui,  et  si  à  l'exemple  de  Jarjavay,  de  Voille, 
mier,  de  M.  Broca,  de  M.  Labbé,  de  M.  Terrillon,  les  uns 
sont  de  chauds  partisans  de  la  ponction,  il  en  est  d'autres 
qui  la  proscrivent  absolument. 

Nous  pensons,  pour  notre  part,  qu'il  ne  faut  pas  se  laisser 
trop  influencer  par  les  craintes  qu'inspire  toujours  la  ponC' 
tion  et  qui  n'ont  été  en  somme  justifiées  qu'une  seule  fois 
et  dans  un  cas  dont  l'interprétation  doit  être  certainement 


(l)  Dieulafoy.  —  Du  traitement  de  Vhydarthrose  par  aspiration.  Qa».  heb- 
domadaire, 1871,  p.  659. 


—  48  — 

très-réservée,  puisque  dans  l'observation  de  M.  Dubreuil 
on  peut  voir  que  le  liquide  ne  fut  pas  évacué  et  que  l'arti- 
culation était  déjà  enflammée  lorsque  le  chirurgien  inter- 
vint. 

Les  preuves  de  l'innocuité  et  des  avantages  de  la  ponc- 
tion sont  en  effet  bien  nombreuses  pour  qu"il  soit  possible 
de  les  méconnaître.  La  pratique  journalière  de  certains 
chirurgiens  est  parfaitement  concluante  à  cet  égard.  Notre 
maître,  M.  Labbé  a  toujours  vu  la  ponction  des  hémar- 
throses  lui  fournir  d'excellents  résultats,  et  tout  récemment 
encore,  M.  le  professeur  Broca  insistait,  dans  l'une  de 
ses  cliniques  (1),  sur  les  avantages  considérables  decemode 
de  traitement  dans  les  épanchements  sanguins  du  genou. 

Enfin,  les  observations  de  guérison  deviennent  chaque 
année  plus  nombreuses,  nous  en  fournissons  nous-même 
sept  à  la  fin  de  ce  travail,et  si  l'on  envisage  sans  parti  pris 
le  nombre  des  cas  dans  lesquels  la  ponction  a  été  employée 
et  suivie  de  succès,  la  rapidité  (de  vingt  à  vingt-cinq  jours) 
et  la  simplicité  avec  laquelle  la  guérison  a  été  obtenue,  la 
disparition  des  douleurs  aussitôt  après  l'opération,  et 
l'avantage  qu'offre  cette  dernière  de  ne  pas  laisser  séjour- 
ner dans  une  jointure  un  liquide  dont  la  présence  peut,  à 
elle  seule,  avoir  une  influence  fâcheuse  sur  le  pronostic,  il 
nous  semble  qu'on  est  parfaitement  autorisé  à  considérer 
la  ponction  articulaire  comme  nettement  indiquée,  toutes 
les  fois  qu'on  est  en  présence  d'un  épanchement  sanguin 
abondant  et  récent. 

L'indication  est  peut-être  moins  absolue  lorsque  l'épan- 
chement  remonte  à  plusieurs  jours,  car  il  faut  alors  tenir 
compte  des  enseignements  fournis  par  l'état  général  du 
malade  et  par  l'examen  direct  de  la  jointure. 

A  une  époque  éloignée  du  début  de  répancliement,il  peut 


(1)  Voir  Journal  de  Midecine  et  dt  Chirurgie,  janvier  1879,  p.  46, 


—  49  - 

se  faire  par  exemple  que  le  sang  en  grande  partie  coagulé 
ne  puisse  trouver  un  libre  écoulement  par  le  trocart  Dans 
ces  conditions  si  l'on  vient  à  ponctionner,  les  résultats  de 
l'opération  seront  nuls  comme  dans  le  cas  de  M.  Dubreuil, 
les  caillots  s'engageront  dans  le  trajet  parcouru  par  le  tro- 
cart, ils  s'écouleront  mal  et  seulement  sous  l'influence  de 
pressions  exercées  à  la  surface  de  la  jointure;  ils  entre- 
tiendront une  communication  entre  l'extérieur  et  la  syno- 
viale, et  si  l'air  vient  à  pénétrer  par  cette  voie  dans  la  cavité 
où  stagne  une  masse  de  sang  coagulé,  des  accidents  graves 
pourront  survenir. 

Ainsi  dans  les  cas  où  le  début  de  l'hématocèle  remonte  à 
plusieurs  jours,  l'utilité  de  la  ponction  peut  être  discutée 
toutes  les  fois  que  la  fluctuation  articulaire  se  perçoit  mal 
et  que  la  rotule  parait  séparée  des  condyles  par  une  masse 
de  sang  coagulé  et  épaissi.  On  aura  recours  alors  à  l'immo- 
bilisation, à  la  compression  et  aux  vésicatoires. 

Dans  ces  conditions,  si  la  résorption  est  plus  lente,  les 
résultats  moins  sûrs,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  l'on  aura 
encore  de  grandes  raisons  d'espérer  une  heureuse  termi- 
naison. Mais,  si  les  signes  dont  nous  parlons  plus  haut 
n'existent  plus,  si  la  fluctuation  est  nette  et  franche,  la 
contre  indication  disparait,  et  alors  même  que  le  début  de 
l'épanchement  remonte  à  plus  de  huit  à  10  jours,  nous 
pensons  qu'il  faut  ici  encore  ponctionner  le  genou.  Nous 
en  voulons  pour  preuve  le  malade  de  l'observation  III  chez 
lequel  M.  Terrillon  a  ponctionné  un  épanchement  sanguin 
resté  liquide  au  bout  de  20  jours. 

L'évolution  possible  d'accidents  inflammatoires  plus  ou 
moins  intenses  doitêire  prise  aussi  en  grande  considération 
dans  le  choix  du  traitement.  En  eff'et,  lorsque  des  phéno- 
mènes inflammatoires  un  peu  intenses  surviennent,  l'héma- 
tocèle s'efface  devant  l'arthrite,  et  la  ponction  ne  peut  que 
nuire  en  augmentant  les  causes  de  l'inflammation. 

Enfin  dans  les  cas  où  les  symptômes  de  l'arthrite  acquiè- 

Skoond.  , 


^  50 

rent  leur  maximum  d'intensité,  lorsque  l'épanchement  sup- 
pure,  la  ponction  devient  purement  illusoire.  Il  faut  ouvrir, 
largement  la  jointure,  la  vider  du  sang  et  du  pus  qui  la 
remplissent,  la  laver  à  ciel  ouvert,  et  grâce  à  cette  inter- 
Tention  énergique,  on  peut  sauver  son  malade  ainsi  que 
Sombre  d'observations  en  témoignent. 

Dans  les  pages  qui  précèdent,  nous  avons  cherché  à 
montrer  les  grands  avantages  de  la  ponction  dans  le  traite- 
inaent  des  épanchements  sanguins  du  genou,  et  l'innocuité 
pour  ainsi  dire  absolue  de  cette  opération,  lorsqu'elle  est 
sagement  appliquée.  Nous  avons  signalé  rapidement  les 
indications  et  contre  indications  de  cette  méthode  théra- 
peutique, et  nous  rangeant  à  l'opinion  de  plusieurs  de  nos 
maîtres,  nous  dirons  que  dans  la  majorité  des  cas  d'épan- 
ehements  sanguins  par  entorse,  rapides  et  abondants,  la 
ponction  dès  le  début  est  le  plus  sûr  et  le  meilleur  traite- 
ment. 

'  Nous  n'insisterons  pas  sur  le  manuel  opératoire  bien 
éonnu  de  cette  ponction.  Trois  instruments  sont  à  la  dispo- 
sitiôh  du  chirurgien  ;  la  lancette,  le  trocart  ordinaire  et 
l'ftspirateur  Dieulafoy.  Jarjavay  employait  la  lancette,  et 
faisait  en  somme  une  section  sous-cutanée  de  la  synoviale. 
•Ge  moyen  n'est  plus  employé,  et  c'est  à  la  ponction  par 
•le  trocart  qu'il  faut  donner  la  préférence.  M.  Broca  se  sert 
d'un  trocart  ordinaire  long  de  six.  centimètres  et  de  1  mil- 
limètre 1/2  de  diamètre  (1).  M.  Labbé  et  M.  Terrillon  pré- 
fèrent l'usage  des  ponctions  aspiratrices.  En  procédant 
ainsi  on  opère  à  l'abri  de  l'air,  et  l'on  peut  vider  l'articula- 
tion plus  vite,  plus  complètement  et  plus  sûrement. 

Le  cul-de-sac  supérieur  et  interne  est,  on  le  sait,  très- 
àccessible  à  l'exploration  et  c'est  en  ce  point  qu'il  faut  pra- 
tiquer la  ponction.  La  piqûre  des  surfaces  cartilagineuses 


(1)  Voir  la  thèse  de  M.  Ficatier. 


-  81  - 

doit  être  soigneusement  évitée  et  dès  que  le  trocart  est  en- 
levé,  il  faut  pratiquer  l'occlusion  de  la  petite  plaie.  L'occlu- 
sion avec  la  ouate  et  le  collodion  telle  que  la  pratique  jour- 
npllement  notre  maître.  M.  le  professeur  Guyon  (1)  fournit 
ici  les  meilleurs  résultats.  En  incorporant  à  des  couches 
successives  de  collodion  de  légers  nuages  de  ouate  on  ob- 
tient en  effet  une  sorte  de  croûte  artificielle  des  plus  ré- 
sistants. 

Aussitôt  après  l'opération,  il  est  absolument  indispensa- 
ble d'immobiliser  complètement  le  membre  inférieur  dans 
un  appareil  ouaté  compressif  bien  fait.  On  trouve  à  cette 
manière  de  faire  des  avantages  nombreux.  L'immobilisa- 
tion absolue  que  Bonnet  considérait,  avec  raison  comme  le 
meilleur  antiphlogistique  dans  les  arthropathies.se  trouve  ici 
parfaitement  réalisée  et  prévient,  si  l'on  peut  dire,  l'évolu- 
tion de  toute  poussée  aiguë  du  côté  du  genou  ;  la  compres- 
sion forte  de  l'articulation  s'oppose  dans  ime  certaine  me- 
sure à  la  reproduction  du  liquide  et  l'extension  elle-même 
concourt  à  ce  résultat,  p'i.isqu'elle  diminue  considérable- 
ment la  capacité  delà  synoviale.  Ainsi  donc  l'appareil  doit 
contenir  une  grande  quantité  d'ouate  pour  permettre  au 
chirurgien  de  serrer  fortement  les  tours  de  bande.  Il  doit 
s'étendre  à  la  totalité  du  membre  inférieur  jusqu'au  tiers 
supérieur  de  la  cuisse,  et  l'on  aura  tout  avantage  à  lui 
adjoindre  une  longue  attelle  postérieure.  Une  précaution 
très-utile  selon  nous,  consiste  enfin  à  rouler  une  bande  de 
caoutchouc  autour  de  la  portion  d'appareil  qui  enserre  le 
genou.  La  striction  de  l'appareil  se  trouve  ainsi  affermie 
et  la  compression  rendue  plus  efficace  au  niveau  même  de 
la  région  malade. 

En  général,  il  convient  d'enlever  le  premier  appareil  au 
bout  de  10  jours  et  dans  le  cas  où  l'épanchement  ne  s'est  pas 


(l)  F.  Guyon.  —  Eléments  de  chirurgie  clinique,  1873  (p.  510). 


—  52  — 

reproduit,  on  peut-,  dès  cette  époque,  appliquer  uue  genouit- 
ièro  et  faire  marcher  le  malade. 

Dans  les  cas  inverses,  l'indication  de  procéder  à  des  i^onc- 
tions  successives  pourra  se  présenter,  mais  presque  tou- 
jours les  révulsifs  et  la  compression  feront  à  eux  seuls 
justice  des  derniers  reliquats  de  l'épanchement. 


Conclusions, 

I.  —  L'entorse  du  genou  peut  se  compliquer  d'un  épan- 
eliement  intra-articulaire  constitué  par  du  sang  vw- 

II.  —  Cette  hémorrhagie  intra-articulaire  est  due,  soit  à 
la  communication  des  aréoles  spongieuses  du  fémur  ou  du 
tibia  avec  l'intérieur  de  la  cavité  articulaire,  soit  à  la  rup- 
ture des  rameaux  de  l'articulaire  moyenne  et  des  petits 
vaisseaux  que  renferme  le  ligament  adipeux. 

Ces  conditions  se  trouvent  réalisées  lorsque  les  ligaments 
croisés  arrachent  leurs  points  d'insertion  ou  se  déchir-^nt, 
lorsqu'il  y  a  rupture  du  ligament  adipeux  et  lorsque  la 
Assure  osseuse,  dont  nous  avons  donné  la  description, 
se  produit  en  arrière  et  au  dessus  du  tubercule  du 
jambier  antérieur.  Cette  dernière  lésion  ne  peut  être  obser- 
vée que  dans  les  entorses  par  rotation  forcée  en  dedans  ;  ■ 

■  les  deux  autres  se  produisent  indifféremment  dans  presque 

;  tous  les  mouvements  forcés  de  la  jointure. 

III.  — Il  n'est  pas  exact  de  dire  avec  Bonnet  que  l'exagéra- 
tion des,  mouvements  de  rotation  du  genou  laisse  toujours 
intacte  l'articulation  et  détermine  fatalement  la  fracture 
des  deux  os  de  la  jambe. 

L'exagération  des  mouvements  de  rotation  entraîne,  au 
contraire,  des  lésions  très-caractéristiques  du  côté  de 


-  53  - 

l'articulation  du  genou  et  figure  à  Fétiologie  dans  la  très- 
grande  majorité  des  entorses  de  cette  articulation. 

IV.  —  L'abondance  de  répancliement,  la  rapidité  de  sa 
production,  la  lenteur,  souvent  excessive,  de  sa  résorption, 
tels  sont  les  principaux  traits  cliniques  de  l'iiémarthrose  du 
genou. 

V.  —  Dans  le  diagnostic  des  épancheraents  sanguins  du 
genou,  les  considérations  tirées  de  leur  abondance  et  de 
l'époque  de  leur  apparition  ont  une  valeur  considérable  et 
pour  ainsi  dire  pathognomonique. 

Le  caractère  pâteux  ou  crépitant  de  la  fluctuation,  les 
ecchymoses  péri-articulaires  précoces ,  sont  des  signes 
exceptionnels  et  leur  absence  ne  saurait  en  rien  modifier 
le  diagnostic  liémarthrose  lorsqu'on  est  en  présence  d'un 
épanchement  traumatique  très-abondant  et  très-rapide. 

L'exploration  méthodique  de  la  jointure,  la  recherche 
des  points  douloureux  et  des  mouvements  anormaux 
peuvent,  dans  certains  cas,  fournir  des  renseignements 
précieux  sur  lanature  exacte  des  lésions  articulaires,  mais 
il  faut  savoir  que  bien  souvent  le  diagnostic  des  sources  de 
l'hémorrhagie  ne  peut  se  faire  que  par  exclusion  et  n'a 
d'autre  base  que  les  données  de  l'expérimentation. 

VL  —  Dans  la  plupart  des  cas  la  ponction  articulaire 
immédiatement  suivie  de  l'immobilisation  et  de  la  compres- 
sion méthodique  du  membre  inférieur  constitue  le  plus  sûr 
p.t  le  meilleur  traitement  des  épanchéments  sanguins  du 
genou  par  entorse. 


OBSERVATIONS 


Observation  I. 


Entorse  du  qenou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  :par 
la  ponction.  -  Guérison  en  25  jours  {Oi-^erv.  personnelle). 


Le  nommé  Miché.  Louis-Jules,  âgé  de  28  ans,  terrassier, 
entré  à  l'hôpital  de  la  Pitié  le  10  décembre  1877  et  couche  au 
n°  36  de  la  salle  Saint-Gahriel.  (Service  de  M.  Labbe.) 

Aucun  antécédent  dialhésique personnel  ou  héréditaire. 

Le  malade  a  lait  une  chute  dans  son  escalier  le  9  décembre 
à  5  heures  du  soir.  L'escalier  était  rapide,  le  malade  a  par- 
couru plusieurs  marches  en  se  laissant  glisser  sur  le  derrière 
et  nous  raconte  quau  terme  de  sa  chute  sa  jambe  droite  a 
été  prise  sous  lui  et  tordue.  Il  al'flrme  que  son  articulation 
n'a  subi  aucun  choc.  Son  genou  ne  présente  d'ailleurs  aucune 
Irace  de  contusion.  Une  douleur  assez  vive  s'est  fait  sentir 
dans  le  genou  au  moment  de  l'accident;  il  a  pu  toutefois  se 
relever  et  remonter  péniblement  son  escalier.  Arrivé  chez  lui 
les  douleurs  du  genou  ne  faisant  que  s'accroilre,  il  s'est  cou- 
ché et  s'est  frictionné  l'articulation  avec  du  baume  tranquille. 

Le  malade  nous  affirme  que  20  minutes  après  son  accident, 
le  genou  droit  présentait  line  augonentation  de  volume  con- 
sidérable. 

Dans  la  nuit  du  9  au  10,  il  a  éprouvé  dans  son  articulation 
des  douleurs  lancinantes  assez  vives  pour  le  priver  de 
sommeil.  Il  entre  à  l'hôpital  le  10  décembre. 

Nous  constatons  un  épanchement  liquide  considérable  dans 
le  genou  droit.  La  synoviale  est  très-tendue,  les  culs  de  sacs 
fluctuants,  le  choc  rolulien  très-net.  Le  liquide  contenu 
dans  l'articulation  se  déplace  facilement  et  ne  donne  aucune 
sensation  de  crépitation.  Le  membre  correspondant  repose  sur 
sa  face  externe,  la  jambe  est  légèrement  fléchie  sur  la  cuisse 
et  la  pointe  du  pied  est  tournée  en  dehors.  C'est  dans  cette 
situation,  qui  répond  on  le  sait  au  maximum  de  capacité 
articulaire  que  le  malade  éprouve  le  plus  de  soulagement. 

La  circonférence  du  genou  malade  mesure  6  centimètres  de 
plus  que  celle  du  côté  sain;  le  malade  insiste  encore  sur  ce 
fait  que  20  minutes  après  l'accident  le  volume  de  l'articulation 
était  ce  qu'il  est  maintenant. 

Les  mouvements  imprimés  à  l'articulation  sont  douloureux: 


—  58  - 


la  flexion  même  légère  est  particulièrement  douloureuse.  Si 
l'on  cherche  à  fléchir  ou  à  étendre  le  membre,  on  peut  consta- 
ter, par  la  palpalion,  que  la  tension  de  la  synoviale  augmente 
notablement.  Ces  deux  mouvements  ne  sont  d'ailleurs  possi- 
bles que  dans  une  mesure  très-restreinte,en  raison  de  la  réplé- 
tion  articulaire.  Il  n'y  a  pas  de  mouvements  de  latéralité,  les 
douleurs  spontanées  de  l'articulation  sont  toujours  assez 
vives. 

A  la  palpation  nous  ne  constatons  pas  de  chaleur  à  la  peau 
au  niveau  du  genou  malade,  d'ailleurs  il  n'existe  pas  de 
symptômes  généraux  et  la  température  axillaire  est  parfaite- 
ment normale. 

On  porte  le  diagnostic,  entorse  avec  épanchement  sanguin. 

Le  13  décembre  M.  Labbé  ponctionne  Farliculaliou  avec 
l'aspirateur  Pieulafoy  et  retire  80  grammes  de  sang  absolu- 
ment pur. 

La  compression  ouatée  est  appliquée  immédiatement  après. 

Le  23  décembre  on  retire  l'appareil.  L'articulation  n'est  plus 
douloureuse.  Elle  contient  encore  une  très-petite  quantité  de 
liquide. 

Vous  avons  quitté  le  service  à  la  fin  du  mois  de  décembre, 
mais  nous  savons  que  le  malade  est  sorti  guéri  le  10  janvier. 


Observation  II. 

Entorse  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  ponction.  —  Guérison  en  19  jours  [Observ.  personnelle). 


Le  nommé  Jelimer,  Charles,  âgé  de  54  ans,  jardinier,  entré 
à  la  Pitié  le  6  décembre  1877  et  couché  au  n"  4  de  la  salle 
Saint-Gabriel.  (Service  de  M.  Labbé.) 

Dans  l'après-midi  du  4  décembre  il  s'est  laissé  glisser  le 
long  d'une  échelle.  En  arrivant  sur  le  sol,  il  est  tombé  en 
arrière  ayaut  la  jambe  gauche  prise  sous  lui.  Une  douleur 
violente  s'est  déclarée  dans  le  genou:  il  a  pu  se  relever  et  ga- 
gner son  lit  en  boitant.  Il  entre  le  lendemain  matin  à  l'hôpi- 
tal; nous  l'examinons  le  7  au  malin. 

L'articulation  du  genou  gauche  est  le  siège  d'un  épanche- 
ment abondant.  Sa  circonférence  est  de  6  centimètres  plus 
grande  que  celle  du  côté  opposé.  Les  culs  de  sacs  synoviaux 
sont  très-tendus.  Nons  ne  constatons  pas  la  moindre.sensa* 
tien  de  crépitation. 


—  59  — 


Le  malade  nous  dit  nettement  que  le  soir  même  de  son  acci- 
dent le  volume  du  genou  était  ce  qu'il  est  maintenant.  L'exten-. 
sion  et  la  flexion  sont  Irès-douloureuses.  Pas  de  mouvements 
anormaux.  On  constate,  à  la  main,  une  élévation  de  tempéra-, 
tare  assez  nette  sur  le  genou  malade.  Les  douleurs  sponta- 
nées sont  peu  intenses  au  repos.  L'attache  inférieure  du 
ligament  latéral  externe  est  douloureuse.  Pas  d'ecchymose. 

Le  membre  inférieur  est  placé  dans  une  gouttière  et  des 
cataplasmes  appliqués  sur  la  région  malade. 

Le  8  décembre,  M.  Labbé  ponctionne  l'articulation  et  retire 
70  grammes  de  sang  pur.  Immobilisation  et  compression 
ouatée. 

Le  28  décembre,  on  enlève  l'appareil;  les  mouvements  pro- 
voqués ne  sont  presque  pas  douloureux. 

L'articulation  contient  encore  une  très-petite  quantité  de 
liquide  ;  le  genou  malade  ne  parait  pas  plus  chaud  que  le 
sain. 

Nous  savons  que  le  malade  a  quitté  l'hôpital  le  15  janvier. 
L'articulation  contenait  encore  une  petite  quantité  de  liquide. 
Indolence  absolue  de  la  jointure.  Genouillère. 


Observation  III. 

Contusion  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Ponction  tar- 
dive. —  Guérison  quinze  jours  après  la  ponction.  {Observation, 
personnelle.) 


Le  nommé  Legrand,  Jean-Baptiste,  âgé  de  46  ans,  mineur. 
Entré  à  l'hôpital  Saint-Antoine  le  9  septembre  1876  et  couché 
au  n°  23  de  la  salle  Saint-Ferdinand.  (Service  de  M.  Terrillon.) 

Le  8  septembre,  chute  d'une  grosse  pierre  sur  le  genou 
droit.  Douleur  et  gonflement. 

Un  médecin  de  la  ville  fait  immédiatement  appliquer  des 
sangsues. 
Entre  à  l'hôpital  le  9  septembre. 

Après  la  disparition  très-rapide  (trois  jours  seulement)  des 
accidents  inflammatoires,  survie  d'un  épanchement  articu- 
laire considérable  et  indolent. 

Des  applications  de  teinture  d'iode  et  la  compression  ouatée 
ne  diminuent  en  rien  l'épanchement. 

Le  29  septembre,  M.  Terrillon  ponctionne  l'articulation  avee 
1  aspirateur  Dieulafoy,  et  retire  80  grammes  de  liquide  san- 
guinolent. Compression  ouatée. 


—  60  — 

Le  4  octobre,  levée  de  l'appareil.  L'articulation  ne  contient 
plus  de  liquide.  Bande  roulée. 

Le  6  octobre,  réapparition  d'un  léger  épanchement.  Com- 
pression ouatée. 

Le  malade  sort  guéri  le  15  octobre,  n'ayant  plus  trace  d'épan- 
cberaent  articulaire. 


Observation  IV. 

Entorse  du  gcnoii  avec  éiMnchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  compression  et  les  badigeonnages  de  teinture  d'iode.  —  Après 
trois  mois  de  traitement,  le  genou  malade  contient  encore  du 
liquide.  [Observation  personnelle). 


Le  nommé  Coliin,  Alphonse,  âgé  de  29  ans,  peintre  en  bâti- 
ments, entré  le  27  janvier  1870  à  rhôpital  Saint-Antoine  et 
couché  au  litn»  12  delà  salle  Saint-Ferdinand.  (Service  de 
M.  Delens  ) 

Le  malade  a  fait  une  chute  sur  le  trottoir  le  26  au  soir.  Il 
est  tombé  sur  le  côté  gauche.  Sa  jambe  droite  s'est  trouvée 
prise  sous  lui,  et  il  nous  dit  être  sûr  que  son  genou  droit  n'a 
subi  aucun  choc,  «  et  pourtant,  nous  dit-il,  c'est  dans  le  genou 
droit  que  f  ai  eu  une  grande  douleur.  » 

Il  a  pu  se  relever  et  regagner  seul  son  domicile.  A  minuit, 
les  douleurs  sont  devenues  très-violentes;  il  a  constaté  que 
son  genou  était  devenu  tiès-gros. 

Il  entre  à  l'hôpital  le  27  au  malin. 

Epanchement  articulaire  très-abondant  du  genou  droit.  Pas 
de  sensation  de  crépitation  en  palpant  la  jointure. 

Température  locale  un  peu  élevée.  Les  mouvements  provo- 
qués éveillent  des  douleurs  très-vives.  L'extension  est  parti- 
culièrement douloureuse.  Il  n'existe  aucune  trace  de  contu- 
sion sur  les  téguments  du  genou.  Gouttière  et  cataplasmes. 

Le  3  février,  le  genou  est  beaucoup  moins  douloureux  et 
ne  parait  pas  plus  chaud  que  le  genou  opposé.  L'épanche- 
ment  est  toujours  aussi  abondant. 

On  remplace  les  cataplasmes  par  des  badigeonnages  à  la 
teinture  d'iode. 

Le  13  février,  les  douleurs  spontanées  ou  provoquées  ont 
complètement  disparu.  L'épaachement  articulaire  est  tou- 
jours aussi  abondant.  Compression  ouatée. 

Le  6  mars,  on  enlève  l'appareil  ;  l'épanchement  a  diminué 
de  moitié,  mais  il  reste  encore  une  assez  grande  quantité  de 


—  61  — 

liquide.  La  circonlërence  du  genou  mesure  4  centim.  de  plus 
nue  celle  du  côté  opposé. 

M.  Delens  lait  mettre  le  membre  dans  une  gouttière  et  lait 
reprendre  les  badigeonuages  à  la  teinture  d'iode. 

Le  ^7  mar-^  il  y  a  toujours  une  quantité  notable  de  liquide 
dans  "l'articulation.  La  différence  entre  la  circoaférence  des 
deux  genoux  est  encore  de  3  centimètres. 

Compression  ouatée.  Les  bandes  sont  silicalees,  et  on  per- 
met au  malade  de  marcher  avec  son  appareil. 

Le  18  avril,  on  enlève  l'appareil  ;  genouillère  simple. 

Le  25  avril,  le  malade  part.  Il  a  toujours  du  liquide  dans 
rarticulalion.  La  circonférence  du  genou  malade  mesure  tou- 
jours trois  centimètres  de  plus  que  celle  du  côté  sain. 


Observation  V. 

Entorse  du  genou  avec  épanchemeni  sanguin.  —  Traitement  par 
les  usicatoires  et  la  compression.  —  Deux  mois  412  de  séjour 
à  l'hôpital  et  persistance  de  Vépanchement.  [Observation  per- 
sonnelle.) 


Le  nommé  B.  Jean,  âgé  de  22  ans,  charretier.  —  Entré  à 
l'hôpital  Necker,  le  18  février  4879,  dans  le  service  de  M.  le 
professeur  Guyon. 

Ce  malade  a  été  renversé  à  terre  en  déchargeant  un  tombe- 
reau dans  l'après-midi  du  17  février.  —  Il  a  eu,  dit-il,  la 
jambe  prise  sous  le  derrière  de  sa  voiture,  et  il  nous  est  très- 
dil'ticile  de  savoir  si  le  genou  a  été  contusionné  ou  simple- 
ment tordu.  —  Quoi  qu'il  en  soit,  une  douleur  violente  s'est 
fait  sentir  dans  le  genou  au  moment  de  la  chute,  et  le  malade 
n'a  pu  se  relever  seul.  —  Transporté  chez  lui,  il  a  éprouvé 
pendant  la  nuit  du  17  au  18  des  douleurs  articulaires  intolé- 
rables qui  l'ont  privé  de  sommeil.  —  Il  se  fait  transporter  à 
l'hôpital  le  18  février. 

A  l'examen  du  malade,  nous  constatons  une  augmentation 
de  volume  considérable  du  genou  droit  qui  mesure  en  circon- 
féience  six  centimètres  de  plus  que  lé  côté  sain. 

Les  culs  de  sac  synoviaux,  très-flucluanis,  présentent  un 
degré  de  distension  extrême,  et  la  rcplctiou  articulaire  est 
telle  qu'il  est  impossible  d'amener  la  rotule  au  contact  des 
condyles  fémoraux.  —  Le  malade  affirme  que  cette  augmen- 
tation de  volume  de  la  jointure  est  survenue  très-brusque- 
ment, 1/4  d'heure  environ  après  l'accident. 


La  nucluation  articulaire  est  très-franche  et  on  ne  perçoit 
nulle  part  de  sensation  de  crépilalion.  —  Il  n'y  a  pas  trace 
d'ecchymose  péri-arliculaire  et  la  coloration  des  téguments 
est  parfaitement  normale.  —  La  palpation  de  la  jointure  est 
assez  douloureuse,  mais  il  n'existe  nulle  part  de  point  dou- 
loureux nettement  localisé.  —  Les  mouvements  spontanés 
sont  à  peu  près  impossibles  et  les  mouvements  provoqués 
sont  très-limités  et  très-douloureux.  —  Il  n'y  a  pas  de  mou- 
vements anormaux.  —  La  jambe,  modérément  fléchie,  repose 
sur  sa. face  externe,  et  lorsque  rien  ne  vient  troubler  cette  at- 
titude, les  douleurs  spontanées  sont  peu  intenses.  —  Il  n'y  a 
pas  trace  de  phénomènes  inflammatoires. 

M.  Guyon  porte  le  diaguostie  entorse  avec  cpanchement  san- 
guin et  ordonne  l'immohilisation  du  membre  clans  une  gout- 
tière avec  application  d'un  large  vésicatoire  sur  la  jointure. 

Le  20  février  :  compression  ouatée. 

Le  26  février  :  les  douleurs  spontanées  ont  complètement 
disparu.  —  Les  mouvements  provoqués  éveillent  encore  quel- 
ques douleurs.  —  La  synoviale  est  moins  tendue  et  la  circon- 
férence du  genou  malade  ne  mesure  plus  que  cinq  centimè- 
tres de  plus  que  celle  du  côlé  sain. 

La  compression  ouatée  est  continuée  pendant  un  mois,  et 
le  26  mars  on  applique  un  nouveau  vésicatoire.  —  L'articula- 
tion n'est  plus  douloureuse,  mais  l'épanchement  est  toujours 
abondant.  —  (Genou  droit:  40  centimètres  de  circonférence. 
Genou  gauche:  35  centimètres. 1 

La  compression  ouatée  est  reprise  ensuite  et  continuée  jus- 
qu'au mois  de  mai. 

Le  malade  part  pour  Vincennes  dans  les  premiers  jours  de 
mai.  —  Il  souffre  un  peu  et  boite  en  marchant.  —  L'épanche- 
ment est  resté  stalionnaire,  la  circonférence  du  genou  malade 
mesure  toujours  cinq  centimètres  de  plus  que  celle  du  genou 
sain,  et  la  synoviale  parait  s'épaissir  un  peu  au  niveau  des 
cuis  de  sac. 


Observation  VI. 

Entorse  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  ponction.  —  Gnérison  en  H6  jours.  {Observ.  personnelle). 

Le  nommé  Lefebvre,  Alfred,  Sgé  de  25  ans,  serrurier,  entré 
le  19  avril  1879  à  l'hôpital  Necker,  dans  le  service  de  M.  le 
professeur  Guton. 


-  63  — 


Dans  la  matinée  du  18  avril,  ce  malade  est  tombé  du  haut 
d'un  échafaudage  de  deux  mètres.  Il  a  eu  la  jambe  prise  sous 
lui  en  arrivant  sur  le  sol  el  s'est  tordu  le  genou.  L'articulation 
n'a  pas  été  contusionnée  mais  simplement  tordue.  —  Une 
douleur  tr6s-vive  s'est  manifestée  dans  la  jointure  au  mo- 
ment de  la  chute  et  le  malade  a  été  immédiatement  transporté 
dans  son  lit. 

Le  soir  même,  10  heures  environ  après  l'accident,  le  genou 
est  devenu  très-volumineux  et  très-douloureux.  Le  malade  a 
éprouvé  toute  la  nuit  des  douleurs  lancinantes  qui  l'ont  privé 
de  sommeil,  et  le  19  avril  il  se  fait  transporter  à  l'hôpital. 

Nous  l'examinons  le  19  avril  à  la  visite  du  soir.  Le  genou 
droit  est  très-tuméfié  et  présente  tous  les  signes  d'un  épan- 
chement  nitra-articulaire  très-abondant. 

La  circonférence  du  genou  malade  mesure  38  centimètres 
et  celle  du  genou  sain  33  centimètres. 

On  ne  perçoit  nulle  part  de  sensation  de  crépitation  et  la 
fluctuation  des  culs  de  sac  de  la  synoviale  est  nette  et  fran- 
che. Malgré  la  distension  très-grande  de  la  séreuse  articu- 
laire, on  peut  obtenir  le  choc  rotulien.  —  La  coloration  des 
téguments  est  parfaitement  normale,  il  n'y  a  pas  la  moindre 
écchymose  péri-articulaire  et  la  température  du  genou  ma- 
lade ne  parait  pas  plus  élevée  que  celle  du  genou  sain.  —  Les 
mouvements  spontanés  sont  très-difficiles.  —  Il  est  possible 
d'étendre  la  jointure  sans  éveiller  de  souffrances  réelles,  mais 
les  mouvements  de  flexion  sont  particulièrement  douloureux. 
—  L'exploration  minutieuse  de  la  jointure  permet  d'aftirmer 
qu'il  n'y  a  ni  mouvements  anormaux  ni  points  douloureux 
à  localisation  précise.  —  Le  diagnostic  épanchement  sanguin 
intra-articuiaife  n'est  pas  discutable. 

Le  20  avril  au  matin,  M.  le  docteur  Monod  ponctionne  l'ar- 
ticulation à  l'aide  de  l'aspirateur  Polain  et  retire  environ 
quatre  cuillerées  de  sang  (malheureusement  le  liquide  n'a 
pu  être  recueilli.)  Aussitôt  après,  occlusion  de  la  petite  plaie 
au  collodion  et  forte  compression  ouatée  étendue  à  tout  le 
membre  inférieur. 

Le  lendemain  matin,  les  douleurs  articulaires  ont  complè- 
tement disparu.  Le  malade  a  dormi  et  supporte  bien  la  com- 
pression. La  strictiôn  de  l'appareil  ouaté  est  rendue  plus 
solide  et  plus  sûre  à  l'aide  d'une  bande  decaoutchouc  enroulée 
par  dessus  l'appareil  et  seulement  dans  la  partie  correspon- 
dant au  genou. 

Le  24  avril,  à  la  visite  du  matin,  M.  Guyon  examine  la 
jointure.  —  L'indolence  est  absolue  et  l'articulation  ne  con- 
tient qu'une  très-petite  quantité  de  liquide.  —  La  circonfé- 
rence du  genou  malade  mesure  1  cent.  1/2  de  moins  que  celle 


64 


du  genou  sain  L'appareil  compressif  csl  réappliqué  dans  les 
môni(-s  conditions.  ^     u"u&  leb 

Le  lundi  iiwwz,  l'appareil  est  définitivement  enlevé  -On 
permet  au  malade  de  marcher  avec  une  genonilièie.  -  Le  il 
ma,  le  malade  part  pour  Vincennes.  Le  genou  droit  contien 
toujours  une  tres-potite  quantité  de  liquide,  mais  ne  présente 
pasdaugraenlaliou  de  volume  appréciable  a  la  mensuration 
-  L  indolence  est  d'ailleurs  absolue  et  depuis  le  3  mai  le  ma- 
lade marche  sans  éprouver  ni  la  moindre  souflrance  ni  la 
moindre  gène. 


Observation  VIL 

Entorse  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  ponction.  —  Guérison  en  18  Jotcrs.  {Observation  inédite 
communiquée  par  M.  Tekrillon.) 


Le  nomme  Bernard  Auguste,  âgé  de  38  ans,  tailleur.  —  En- 
tré à  l'hôpital  Temporaire  le  2  juillet  4»77  et  couché  au  n°  30 
de  la  salle  Saint-André. 

Cet  homme  a  la  jambe  droite  atrophiée  depuis  plusieurs 
années.  Il  existe  une  différence  de  longueur  de  0  centimètres 
entre  les  deux  membres  du  côté  raccourci.  —  Pied  équin  de 
compensation. 

Le  l"""  juillet  le  malade  a  fait  une  chute  en  descendant  son 
escalier,  sa  jambe  droite  s'est  trouvée  prise  sous  lui.  —  Dou- 
leur très-vive  dans  la  jointure.  —  Marche  impossible.  —  Il 
entre  le  lendemain  à  l'hôpital. 

Le  4  juillet  examen  du  malade.  Augmentation  de  volume 
considérable  du  genou.  —  On  constate  tous  les  signes  physi- 
ques dun  épanchement  liquide  intra-artieulaire  très-abon- 
dant. 

La  synoviale  est  très-tendue.  —  Pas  de  crépitation.  —  L'ar- 
ticulation est  douloureuse  à  la  pression  surtout  au  niveau  de 
l'insertion  supérieure  des  ligaments  latéraux.  —  La  flexion  à 
Uff°  est  possible  et  ne  parait  gênée  que  par  l'abondance  de 
l'épanchement. 

La  température  du  genou  droit  est  de  34°4  et  celle  du  genou 
gauche  de  3l"2. 

Pour  déterminer  cette  température  M.  Terrilhn  emploie  deux 
petits  thermomètres  spéciaux  et  prend  sirmltanément  la  tempé- 
rature des  deux  genoux.  La  houle  de  chaque  thermomètre  est 
préalablement  entourée  d'un  petit  carré  de  flanelle,  appliquée  en- 


-  65  — 


suiie  sur  l'un  des  culs-de-sacs  synoviaux  et  maintenue  en  posi- 
tion par  un  lac.  En  procédant  ainsi  les  deux  thermomètres  se 
troutent  placés  dans  des  conditions  tout  à  fait  analogues  et  la 
différence  de  température  que  Von  observe  entre  les  deux  genoux 
est  absolument  rigoureitse. 

Le  5  juillet,  M.  Terrilloa  pratique  la  ponction  de  l'articula- 
tion avec  l'aspirateur  Dieulafoy  et  retire  70  grammes  de  sang 

^^On  applique  aussitôt  après  un  appareil  ouaté  (beaucoup  de 
ouate,  attelle  postérieure,  compression  forte). 

Le  16  juillet  on  enlève  l'appareil,  le  liquide  ne  s'est  pas 
reproduit. 

Le  17,  genouillère.  —  Le  malade  garde  le  repos  quelques 
jours  encore  et  quitte  l'hôpital  le  23  juillet  complètement 
guéri. 


Observation  VIII. 

Entorse  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  ponction.  —  Un  mois  après  l'articulation  ne  contient  plus 
de  liquide.  [Observation  inédite  communiquée  par  M.  Ter- 

RILLON.) 


Le  nommé  Demargue  François,  âgé  de  36  ans,  terrassier, 
entré  à  l'hôpital  Temporaire  le  3  juillet  1877  et  couché  au  n»  3 
de  la  salle  Saint-André. 

Le  30  juin  à  7  heures,  le  malade  s'est  tordu  la  jambe  droite. 
Il  a  éprouvé  une  douleur  vague  qui  ne  l'a  pas  empêché  de 
travailler.  Il  est  rentré  chez  lui  à  pied.  —  C'est  en  rentrant 
qu'il  a  commencé  à  ressentir  dans  le  genou  des  douleurs  plus 
vives.  —  Dès  le  lendemain,  la  marche  était  impossible. 

Le  malade  est  examiné  le  5  juillet.  —  Le  genou  droit  me- 
sure 37  centimètres  de  circonférence  et  le  genou  gauche  32. — 
11  existe  tous  les  signes  d'un  épanchement  articulaire  abon- 
dant :  culs  de-sacs  fluctuants  et  choc  rotulien.  —  L'articula- 
lion  ne  présente  pas  de  mouvements  de  latéralité.  Douleur  à 
la  pression  vers  l'attache  inférieure  du  ligament  latéral  ex- 
terne . 

La  température  du  genou  droit  est  de  34°  6,  celle  du  genou 
gauche  de  32°  4. 

On  peut  constater  des  frottements  manifestes  dans  toutes 
les  autres  articulations  du  malade. 

Dans  le  creux  poplité  il  existe  une  tumeur  fluctuante  allon- 
Sgqomd.  5 


—  66  — 


gée  dans  le  sens  vertical,  bosselée  et  présentant  des  saillies 
dures,  comme  cartilagineuses. 

Celle  tumeur  située  très-profondément,  très-tendue,  très- 
fluctuante,  sans  adhérence  à  la  peau  parait  appliquée  contre 
le  Lord  externe  du  demi-membraneux.  La  flexion  du  genou 
ne  parait  pas  diminuer  la  tension  de  la  poche. 

Le  6  juillet,  M.  Terrillon  ponctionne  le  kyste  avec  l'aspira- 
teur Dieulafoy  et  retire  environ  30  grammes  de  liquide  bydro- 
bématique.  Compression  ouatée. 

Le  14  juillet,  la  tumeur  du  creux  poplité  est  vide  et  l'on  ne 
sent  plus  que  les  nodosités  signalées  dans  la  première  explo- 
ration. 

Le  24  juillet  on  enlève  l'appareil;  il  n'y  a  plus  de  liquide 
dans  l'articulation.  En  mobilisant  la  rotule  on  perçoit  de 
légers  frottements. 

.  Le  kyste  du  creux  poplité  ne  s'est  pas  reproduit,  mais  toute 
la  région  postérieure  du  genou  est  le  siège  d'une  sorte  d'é- 
paississement  profond  très-manifeste.  La  flexion  du  genou 
ne  peut  guère  dépasser  145°  sans  être  douloureuse. 

L'extension  se  fait  complètement,  la  compression  ouatée  est 
reprise. 

A  ce  moment  la  température  du  genou  malade  est  de  36*  8 
et  celle  de  l'autre  genou  est  de  35"  4. 

Le  28  juillet  l'appareil  est  enlevé,  l'épaississement  du  creux 
poplité  persiste.  Il  n'y  a  pas  de  liquide  dans  l'articulation  ni 
dans  le  kyste.  —  La  flexion  est  toujours  douloureuse. 

La  mobilisation  de  la  rotule  laisse  toujours  percevoir  un 
'certain  degré  de  crépitation. 

Bande  roulée  simple. 

Le  4  août  le  malade  sort  presque  complètement  guéri. 


Observation  IX. 

Entorse  du  genou  avec  épanchemeut  sanguin.  —  Traitement  par 
la  iionction.  —  Guérison  en  vingt  jows.  (Oiserv.  inédite  com- 
muniquée <par  M..  Terrillon.) 

Le  nommé  Bicheron,  François,  âgé  de  39  ans,  entre  à  l'hô- 
pital Temporaire  le  21  août  1877. 

Ce  malade  prétend  que  depuis  deux  ans  son  genou  droit 
est  plus  faible  et  un  peu  plus  volumineux  que  l'autre. 

Dans  la  journée  du  20  août,  il  s'est  tordu  le  genou  en  des- 
cendant un  escalier.  Il  a  pu  continuer  sa  marche  mais  sou 


—  67  — 


genou  est  devenu  aussitôt  le  siège  d'une  douleur  très-vive  et 
a  pris  un  volume  considérable. 

Le  22  août  examen  du  malade.  Le  genou  droit  est  très-volu- 
mineux, il  mesure  38  centimètres  de  circonférence,  soit  6  cen- 
timètres de  plus  que  le  gauche.  La  flexion  est  impossible  et 
très-douloureuse. 

Epanchement  liquide  évident.  Douleur  très-vive  à  la  pres- 
sion au  niveau  des  attaches  inférieures  du  ligament  latéral 
interne. 

Température  axillaire  37°. 

Température  du  genou  droit  36",2. 

Température  du  genou  gauche  33°. 

Le  23  août,  M.  Terrillon  retire  100  grammes  de  liquide 
sanguinolent  de  l'articulation. 

(M.  Terrillon  ayant  soumis  le  liquide  à  l'examen  microsco- 
pique a  pu  constater  que  les  globules  étaient  intacts  au  triple 
point  de  vue  de  la  coloration,  du  volume  et  des  contours.) 

Compression  ouatée.  —  Le  4  septembre  on  retire  l'appareil, 
il  reste  un  peu  de  liquide  dans  l'articulation  ;  un  peu  de  roi- 
deur  dans  les  mouvements  de  flexion;  il  n'y  a  pas  de  frotte- 
ments. La  température' du  genou  droit  est  de  34°, 2. 

Le  12  septembre  le  malade  sort  avec  une  genouillère,  il 
reste  très-peu  de  liquide  dans  l'articulation. 


Observation  X. 

Entorse  du  genou.  —  Epanchement  sanguin.  —  frditêment par 
la  compression.  [Observ.  inédite  communiquée  par  notre  ami 
M.  le  D""  PoNCET.) 


•Pierre  Potin,  36  ans,  voiturier,  homme  fort  vigoureux  sans 
antécédents  pathologiques. 

Il  y  a  dix  jours,  cet  homme  dans  un  mouvement  brusque 
qu'il  fit  pour  jeter  son  manteau  Sur  ses  épaules  tomba  de 
son  siège  à  terre. 

Sa  chute  se  fit  en  deux  temps.  Retenu  par  la  jambe  droite 
entre  le  tablier  du  siège  et  le  siège  lui-même,  il  ressentit  une 
violente  douleur  dans  le  genou.  Tombé  à  terre,  son  genou  ne 
porta  pas  sur  le  sol. 

Au  dire  du  malade  le  genou  se  gonfla  immédiatement  et  il 
atteignit  rapidement  un  tel  volume  que  quelques  minutes 
après  on  dut  couper  son  pantalon  qui  n'avait  pu  glisser  sur 
larticulation. 


—  68  — 


Le  malade  qui  avait  pu  après  l'accident  se  traîner  quelques 
pas  fut  condamné  au  repos.  Il  tint  constamment  sur  l'articu- 
lation des  compresses  d'eau  blanche. 

Huit  jours  après,  il  essaya  de  marcher  avec  des  béquilles, 
mais  comme  il  éprouvait  au  moindre  mouvement  de  vives 
douleurs  il  se  décida  à  entrer  à  l'Hôtel-Dieu. 

Le  7  août  au  matin  le  genou  droit  est  notablement  plus 
gros  que  le  gauche.  La  circonférence  du  membre  au  niveau 
de  la  rotule  mesure  40  centimètres  et  celle  du  genou  sain  34 
centimètres.  Peau  de  coloration  normale. 

Le  cul-de-sac  sous-tricipital  est  distendu,  mais  si  l'on  veut 
aisément  examiner  l'articulation,  il  faut  placer  le  malade  de- 
bout. On  constate  alors  très-nettement  le  choc  rotulien  ;  en 
arrière,  on  sent  dans  le  creux  poplité  un  empâtement  profond 
et  l'on  perçoit  parfois  une  fine  crépitation  telle  que  la  donnent 
les  épancbements  sanguins. 

Il  nous  a  semblé  à  M.  OUier  et  à  moi  que  le  fond  du  cul- 
de-sac  sus-rotulien  présentait  un  empâtement  plus  dur  que 
lorsqu'il  est  seulement  distendu  par  le  liquide  d'une  hydar- 
throse. 

Au  repos  l'articulation  malade  n'est  pas  douloureuse.  On 
peut  la  palper  sans  provoquer  de  douleur  si  ce  n'est  toutefois 
au  niveau  du  ligament  latéral  interne,  au  niveau  de  ses  in- 
sertions. 

Si,  fixant  la  cuisse  on  cherche  à  porter  la  jambe  en  dehors 
on  exagère  la  douleur;  on  produit  ainsi  d'ailleurs  le  mouve- 
ment qui  a  produit  la  distension  de  l'articulation. 

Le  membre  est  très-douloureux,  le  malade  peut  à  peine 
s'appuyer  sur  son  pied  du  côté  malade. 

Le  membre  est  enveloppé  d'une  couche  épaisse  de  ouate 
depuis  l'extrémité  des  orteils  jusqu'à  la  partie  moyenne  de 
la  cuisse. 

On  applique  un  bandage  roulé  simple  au  niveau  du  genou. 
On  fait  encore  de  la  compression  avec  une  bande  de  caout- 
chouc. 

[Nous  ne  savons  pas  ce  qu'est  devenu  l'épanchement  sanguin 
citez  ce  malade;  son  observation  présente  un  grand  intérêt  au  point 
de  vue  des  symptômes  et  c'est  à  ce  titre  seulement  que  nous  la  pu- 
blions.) 


—  69  — 


Observation  XI. 

Entorse  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  ponction  —  Gîcérison  en  vingt-quatre  jours.  —  {Observation 
extraite  de  la  thèse  de  M.  Troncin.) 

Le  15  août  1 860,  le  nommé  B.  Louis,  âgé  de  19  ans,  employé 
chez  un  papetier,  en  s'arrêtant  brusquement  au  bas  d'un 
escarpement  qu'il  venait  de  descendre  rapidement  ressen- 
tit une  douleur  assez  vive  dans  le  genou  droit.  Il  put  marcher 
encore  mais  fort  peu  ;  il  ne  cessa  de  souffrir. 

Le  14,  il  se  présente  à  la  consultation,  on  l'admet,  et  dans 
la  journée  on  lui  met  un  cataplasme. 

Le  15,  Jarjavay  constate  tous  les  signes  d'un  épanchement 
sanguin  ;  il  pratique  la  ponction  qui  donne  issue  à  trois  quarts 
de  verre  environ  d'une  sérosité  sanguinolente  et  noirâtre. 

Soulagement  instantané,  disparition  de  la  douleur.  Com- 
presses d'eau  froide  maintenues  par  un  bandage  légèrement 
compressif. 

Le  16,  le  blessé  ne  ressent  aucune  douleur;  on  continue  le 
bandage  et  les  compresses.  Le  19,  le  malade  se  lève  et  marche 
un  peu.  Le  20,  on  constate  la  réapparition  d'un  peu  de  liquide 
probablement  parce  que  le  malade  a  marché  un  peu  trop  tôt. 

Comme  le  28,  cette  petite  quantité  du  liquide  persistait 
encore,  Jarjavay  fait  une  dernière  ponction  qui  ne  donne  issue, 
qu'à  une  très-petite  quantité  de  sérosité.  Le  repos  complet  est 
ordonné. 

Le  2  septembre,  le  malade  veut  se  lever  malgré  la  présence 
d'un  peu  de  liquide  dans  son  articulation.  On  lui  applique  un 
bandage  roulé  à  demeure. 

Le  8,  on  constate  que  la  guérison  est  complète  et  le  malade 
sort  deux  jours  après. 


Observation  XII. 

Entorse  du  genou  avec  épanchement  sanguin.  —  Traitement  par 
la  ponction.  —  Guérison  en  quatorze  jours.  [Observation  ex- 
traite de  la  thèse  de  M.  Troncin.) 

Le  nommé  G.  Emile,  cocher,  entré  à  Beaujon  le  8  décembre. 


—  70  — 


raconte  qu'en  dansant,  il  ressentit  une  douleur  subite  dans 
le  genou  gauche.  Le  malade  présente  des  traces  de  rachitisme 
assez  marquées;  la  jambe  gauche  est  plus  courte  que  l'autre. 
Est-ce  en  portant  brusquement  le  poids  du  corps  sur  la  jambe 
gauche  qu'un  épanchement  sanguin  est  survenu  dans  le 
genou.  L'hypothèse  est  admissible.  En  tout  cas,  l'épanche- 
ment  existe.  La  douleur  persiste.  On  fait  la  ponction  le  11. 
Issue  d'une  grande  quantité  de  sang.  Soulagement  immédiat. 
Compresses  d'eau  froide. 

Le  12  décembre,  on  constate  que  l'articulation  a  repris  son 
aspect  normal.  Jusqu'au  19,  on  maintient  le  malade  au  repos 
et  ce  jour-là  on  lui  permet  de  marcher  un  peu. 

Le  22,  il  sort  guéri  sans  conserver  aucune  trace  de  son 
accident. 


Observation  XIIL 

Fracture  de  la  rotule  avec  épanchement  sanguin  très-aiondant. 
—  r épanchement  est  ponctionné.  —  Au  bout  de  quatorze  jours., 
V articulation  ne  contient  plus  de  liquide.  [Observation  extraite 
de  la  thèse  de  M.  Troncin.) 

Le  nommé  Chenot  Eugène,  30  ans,  charretier,  entré  à  l'hô- 
pital de  la  Pitié  le  12  février  1873.  Une  heure  avant,  il  veut 
sauter  en  bas  de  sa  voiture.  Son  pantalon  s'accroche  et  il 
tombe  à  terre  sur  le  genou  gauche.  Il  entre  chez  un  marchand 
de  vin,  et  constate  lui-même  qu'il  s'est  fracturé  la  rotule. 

Il  fait  une  dizaine  de  pas  dans  la  boutique,  puis  se  décide 
à  se  rendre  à  l'hôpital  de  la  Pitié. 

•  Le  lendemain,  à  la  visite,  le  genou  présente  un  énorme 
gonflement.  On  prescrit  des  cataplasmes. 

Le  lundi  3  mars,  le  gonflement  persiste.  Le  genou  donne  la 
sensation  de  fluctuation.  M.  Labbé  diagnostique  un  épanche- 
ment sanguin  dans  l'articulation,  il  pratique  une  ponction 
avec  l'aiguille  n"  2  (l™  1|4)  de  l'appareil  Dieulatoy,  il  ne  sort 
pas  une  goutte  de  liquide.  Le  malade  est  laisse  en  repos  et  la 
plaie  recouverte  de  baudruche  collodionnee. 

Il  se  passe  alors  le  fait  suivant  : 

Quand  la  visite  a  été  finie,  le  malade  regarde  son  genou  et 
constate  que  la  baudruche  a  été  détachée  par  un  peu  de  sang 
au^  suintait  de  la  piqûre.  Alors  de  lui-même  il  comprime  son 
geiou  et  fait  couler  du  sang  par  la  piqûre  pendant  une  demi- 
heure  et  même  trois  quarts  d'heure. 


-  71  — 


Le  lendemain,  il  ne  s'est  passé  rien  de  particulier;  pas  de 
fièvre. 

Le  5,  mercredi  matin,  le  genou  est  toujours  dans  le  même 
état. 

M.  Labbé  pratique  alors  une  ponction  avec  la  lancette  sur  le 
côté  postéro-interne  de  l'articulation  et  par  quelques  com- 
pressions de  la  main  fait  sortir  une  notable  quantité  de  sang 
entremêlé  de  caillots. 

Le  soulagement  est  immédiat  cbez  le  blessé.  La  fracture  de 
la  rotule  devient  manifeste.  Comme  pansement,  après  avoir 
fermé  la  plaie  avec  de  la  baudruche  coUodionnée  bien  appli- 
quée, on  entoure  le  genou  d'une  assez  grande  quantité  d'ouate 
et  de  bandes  roulées  assez  serrées. 

On  le  laisse  ainsi  jusqu'au  10  mars,  le  genou  n'est  aucune- 
ment douloureux.  L'épancbement  n'existe  plus. 

On  applique  un  appareil  destiné  à  rapprocher  les  fragments 
de  la  rotule. 

Le  17  mars,  on  change  l'appareil  destiné  à  remédier  à  la 
fracture.  Le  genou  est  revenu  à  son  état  naturel  pour  ce  qui 
est  de  la  cavité  articulaire. 

Reste  la  fracture  de  la  rotule  dont  le  traitement  est  devenu 
plus  facile  par  la  disparition  de  l'épancbement. 


Observation  XIV. 


Entorse  d%  genou  avec  épanchement  sanguin.—  Ponction  tardive. 
—Gtiérison.iOiservation  extraite  de  la  thèse  de  M.  Troncin.) 

Brach  Eugénie,  domestique,  19  ans.  Elle  fit  un  faux  pas 
le  23  août  et  sentit  un  craquement  dans  le  genou.  Après  une 
demi-heure  d'arrêt,  elle  put  s'appuyer  sur  sa  jambe  et  mar- 
cher ;  mais  le  lendemain  elle  est  complètement  arrêtée.  Elle 
assure  que  sa  jambe  s'est  tournée  en  dedans.  Un  médecin 
consulté  a  fait  appliquer  des  compresses  d'eau  résolutive  sur 
le  genou  qui  est  très-gonflé.  Le  29  août,  elle  est  envoyée  à 
l'hôpital  avec  le  diagnostic  fracture  de  la  rotule. 

A  son  entrée  on  constate  une  tuméfaction  assez  considé- 
rable du  genou.  La  rotule  est  soulevée,  mais  ne  présente 
aucune  fracture.  Les  culs-de-sacs  supérieurs  et  inférieurs 
sont  distendus  et  présentent  de  la  fluctuation 

Les  mouvements  de  flexion  qui  sont  très-limités  déter- 
minent de  très  vives  douleurs.  Pas  de  fièvre,  état  général, 
hon.  Application  de  compresses  résolutives. 


—  72  — 


Le  7  septembre,  pas  de  changement  dans  l'état  du  genou. 

Ponction  dans  le  cul-de-sac  supérieur  externe  avec  l'appa- 
reil Dieulafoy  qui  se  remplit  au-delà  de  la  moitié  de  liquide 
sanguinolent.  Appareil  compressif  silicaté. 

Les  jours  suivants  pas  de  douleurs,  pas  de  fièvre. 

Le  27,  l'appareil  est  retiré.  Le  genou  quoique  très-dégonflé 
contient  encore  de  la  sérosité.  Les  mouvements  sont  toujours 
très-douloureux. 

Application  de  deux  vésicatoires  mis  à  deux  jours  d'inter- 
valle au-dessus  et  au-dessous  de  la  rotule. 

Le  8  octobre,  le  liquide  a  disparu,  mais  il  y  a  toujours  un 
peu  de  douleur,  la  malade  se  plaint  de  sentir  sa  jambe  se 
tourner.  Compression  avec  une  bande  lâche. 

Le  U,  sensation  d'un  peu  de  liquide  vésicatoire  volant. 

Le  19,  plus  de  liquide,  la  marche  est  possible.  Genouillère. 

Le  20  guérison  ;  sortie  de  la  malade. 


EXPÉRIENCES 


EXPÉRIENCES 


Nous  donnons  ici  le  tableau  des  lésions  que  nous  avons  observées  à  la 
suite  des  mouvements ,  forcés  d'extension,  de  latéralité  et  de  rotation  dé 
l'articulation  du  genou.  —  Cette  énumération,  forcément  très-aride,  justiGe 
ce  que  nous  avons  dit  sur  le  degré  de  fréquence  et  le  mode  de  groupement 
des  lésions  que  l'entorse  du  genou  peut  entraîner  avec  elle,  et  c'est  à  ce 
titre  seulement  que  nous  avons  cru  devoir  la  publier. 


Lésions  produites  par  l'extension  forcée  de  la  jambe  sur  la 

cuisse. 

Seiie  genoux  ont  été  soumis  à  l'extension  forcée. 

Sur  les  six  premiers  (s  femmes)  nous  avons  cessé  l'extension  dès  les  pre- 
miers craquements  perçus  et  bien  avant  que  la  jambe  fît  avec  la  cuisse  un 
angle  droit  ouv«rt  en  avant. 

l""^  ge7iou  :  —  Arrachement  très-peu  étendu  de  l'extrémité  supérieure  du 
ligament  croisé  antérieur  avec  petite  plaie  du  tissu  osseux  fémoral.  —  Pas 
d'autres. lésions  articulaires.  —  Pas  de  mouvements  anormaux. 

2°  et  3*^  genoux  : —  Même  arrachement  de  l'extrémité  supérieure  du  liga- 
ment croisé  antérieur.  —  Désinserlion  peu  étendue  de  l'extrémité  inférieure 
du  ligament  croisé  postérieur.  (La  surface  tibiale  correspondante  est  comme 
riiginée,  le  ligament  eu  s'arrachant  n'a  pas  brisé  la  lame  osseuse  sous-ja- 
cente.) —  Pas  de  mouvements  anormaux. 

4'',  5"  et  6*^  genoux  :  —  Lésions  analogues  du  côté  des  ligaments  croisés, 
et  de  plus  rupture  du  ligament  postérieur  au  niveau  de  ses  attaches  fémorales 
sus-condyliennes  internes. 

Sur  dix  genoux  nous  avons  poussé  l'extension  jusqu'à  l'angle  droit.  — 
Sur  deux  vieillards  nous  n'avons  pu  déterminer  aucun  désordre  articulaire. 
—  Dans  les  4  expériences  nous  avons  fracturé  les  deux  os  de  la  jambe.  — 
Nous  avons  obtenu  le  même  résultat  sur  le  genou  droit  d'une  femme  de 
20  ans. 

Les  cinq  autres  genoux  appartiennent  à  des  adultes,  voici  les  lésions  ob- 
servées : 

1°'  et  2°  genoux: — Désinserlion  presque  complète  de  l'extrémité  inférieure 
du  ligament  croisé  postérieur.  —  Arrachement  peu  étendu  du  tissu  osseux 


fémoral  correspondant  a  l'insertion  supérieure  des  deux  ligaments  croisés 

-  Déchirure  du  l.gament  postérieur  à  sa  partie  moyenne  -  Arrachemen; 
de  l'inser  .on  f  morale  du  ligament  latéral  externe.  -  Mouvemen  s  anor- 
maux de  latéralité  et  de  rotation. 

3«^e«o«  : -Mêmes  lésions  du  c5té  du  ligament  postérieur  et  de  l'insertion 
supérieure  des  ligaments  croisés.-  Rupture  complète  du  ligament  adipeux 

—  Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral  interne. 

4  gettou  :  —  Arrachement  assez  étendu  del  'insertion  supérieure  du  liga- 
ment croise  antérieur.  —  Déchirure  du  ligament  postérieur.  —  Arrache- 
ment de  1  insertion  inférieure  du  ligament  latéral  externe.  -  Rupture  com- 
plète du  ligament  adipeux. 

5«  genou  —  Homme  de  SO  ans  :—  Fracture  de  l'extrémité  inférieure  du 
lemur.  —  Pas  de  lésions  articulaires. 

Dans  aucune  des  eipérieuces  précédentes  nous  n'avons  observé  de  lésion 
appréciable  du  côté  des  vaisseaux  et  nerfs  poplités,  ni  du  côté  des  mus- 
cles. 


Lésions  produites  par  les  mouvements  forcés  de  latéralité' 


CiHy  genoux  ont  été  soumis  à  l'expérience.  —  Sur  le  premier  nous  avons 
fracturé  l'extrémité  inférieure  du  fémur.  —  C'était  l'adduction  forcée  que 
nous  cherchions  à  produire.  —  L'articulation  est  restée  absolument  indemne. 
—  Il  s'agissait  d'un  vieillard. 

Voici  les  résultats  obtenus  sur  les  quatre  autres  genoux  : 

l*""  genou.  —  Femme  de  30  ans  :  —  Adduction  forcée,  lo  membre  étant 
dans  l'extension  complète. — Dès  les  premiers  craquements  perçus,  nous  sus- 
pendons l'expérience.  —  A  l'ouverture  de  l'articulation,  nous  consta- 
tons l'arrachement  de  l'insertion  inférieure  du  ligament  latéral  externe  et 
l'arrachement  de  l'extrémité  inférieure  du  ligament  croisé  postérieur  sans 
fracture  de  la  lame  compacte. 

2^  genou. —  Même  sujet  :  —  Même  direction  du  traumatisme.  —  Mais 
l'adduction  est  portée  assez  loin  pour  que  la  jambe  fasse  avec  la  cuisse  uu 
angle  presque  droit  ouvert  en  dedans.  —  Au  milieu  de  notre  expérience  il 
nôus  a  été  difficile  de  maintenir  le  membre  inférieur  en  état  d'extension,  la 
jambe  s'est  invinciblement  portée  dans  la  rotation  en  dehors,  avec  flexion 
légère  sur  la  cuisse.  Elle  a  conservé  cette  situation  après  le  traumatisme.  — 
Comme  lésions  nous  avons  constaté  :  l'arrachement  de  l'insertion  inférieure 
du  ligament  latéral  externe,  l'arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  liga- 
ment croisé  antérieur  et  (lésion  très-rare)  la  déchirure  du  ligament  croisé  à 
sa  partie  moyenne.  —  Le  ligament  postérieur  était  déchiré  à  sa  partie 
moyenne;  le  ligament  adipeux  rompu  et  quelques  fibres  du  muscle  poplité 
et  du  jumeau  externe  déchirées.  —  Mouvements  anormaux  très-étendus. 

3°  genou» — Homme  de  io  ans: —  Abduction  forcée,  le  membre  étant  dans 
l'extension  complète.  —  L'expérience  est  suspendue  dès  les  premiers  cra- 
quements. —  Arrachement  peu  étendu  de  l'insertion  fémorale  du  ligament 
latéral  interne.  —  La  synoviale  absolument  intacte  empêche  toute  commu- 
nication entre  la  petite  plaie  osseuse  et  l'intérieur  de  la  jointure. 

4*  genou. —  Me'me  sujet. —  Abduction  forcée,  poussée  assez  loin  pour  que 
la  jambe  et  la  cuisse  fassent  un  angle  droit,  ouvert  en  dehors. — Au  cours  de 


—  77  — 


l'expérience  la  janabe  se  porte  dans  la  rotation  en  dedans  avec  flexion  légère. 
—  Arrachement  très-étendu  de  l'insertion  fémorale  du  ligament  latéral  in- 
terne, les  aréoles  spongieuses  du  fémur  communiquent  largement  avec  l'in- 
térieur de  l'articulation.  — Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  liga- 
ment croisé  antérieur.  —  Désinsertion  de  l'extrémité  inférieure  du  croisé 
postérieur, sans  arrachement  de  la  lame  compacte  sous-jacente.  —  Rupture 
complète  du  ligament  adipeux.  —  Déchirure  du  ligament  postérieur,  du 
jumeau  interne  et  du  poplité. 

11  est  à  peine  besoin  d'insister  sur  l'étendue  des  mouvements  anormaux 
qu'il  est  possible  d'imprimer  à  un  genou  lorsqu'il  a  été  soumis  à  de  pareils 
délabrements. 


Lésions  produites  par  les  nioiiveiiieiKs  forcés  de  rotation 
imprimés  à  la  junibe  alors  qu'elle  est  étendue,  niodérémeiit 
fléchie  ou  fléchie  ù  angle  droit. 

A.  LÉSIONS  PRODUITES  PAR  LA  ROTATION  EN  DEDANS,  LE  MEMBRE  INFÉRIEUR 

ÉTANT  DANS  l'extENSION. 

genoii.  —  Homme  adulte.  —  Genou  droit:  —  Après  un  effort  considé- 
rable et  plusieurs  fois  répété  un  léger  craquement  se  produit.  —  Arrache, 
ment  très-peu  étendu  de  l'extrémité  supérieure  du  ligament  latéral  externe. 
Le  cul-de-sac  synovial  sous-jacent  reste  intact. 

2*  genou,  —  même sujet.—  Genou  gauche  :  —  L'extrémité  supérieure  du 
ligament  latéral  interne  est  comme  désinsérée  de  bas  en  haut.  —  La  syno- 
viale est  déchirée  au  point  correspondant.  Arrachement  de  l'insertion  infé- 
mure  du  ligament  latéral  externe.  -  La  .synoviale  est  complètement 
indemne  a  ce  niveau  et  la  petite  plaie  osseuse  du  péroné  ne  communique 
pas  avec  l'intérieur  de  la  jointuré.  ^ 

3«  et  4e  genoux -Femme  de  60  ans  :  -  Sur  le  genou  droit  et  sur  le  nenou 
gauche,  pas  de  lésion  articulaire  et  fracture  de  l'extrémité  supérieur   du  pé" 

delà  Leti"lrtut:ir:  '''''  ^  P- 

du^;igf=i:t£r::;^r-'sy;;vt;rî=^  iwtion  supérieur 

B.  LÉSIONS  PRODUITES  PAR  LA  ROTATION  PORCÉB  EN  DEDANS,  LA  JAMBE 

ETANT  MODÉRÉMENT  FLÉCHIE. 

'''.r7Jzz£i'z-^X'~  Soi-  "r- • 

«péri..,,  d.  lig.„..,  cr.,ï«  ..,é,i»,™l'T  '''' 
■poopeuses  du  fémur  iv.ir  lïmétienr  de  l'articulat^n'^""^*''"''  aréoles 


—  78  — 


4.  —  Genou  gauche:  —  Mômes  lésions  que  dans  l'expérience  précédente 
et  de  plus  rupture  des  fibres  ligamenteuses  antérieures  de  l'articulation  péro- 
néo-tibiale  supérieure. 

5.  —  Homme  de  SO  ans.  —  Genou  droit:  —  Avec  un  effort  peu  considé- 
rable nous  obtenons  un  léger  craquement.  —  Notre  lésion  existe  seule  et 
complète. 

C. — Genou  gauclie  du  même  sujet  : —  Notre  lésion  tibiale  existe,  mais  elle 
est  incomplète,  les  aréoles  spongieuses  du  tibia  ne  communiquent  pas  avec 
l'intérieur  de  l'articulation.  —  Le  ligament  latéral  [externe  est  arraché  au 
niveau  de  son  insertion  inférieure,  la  synoviale  est  intacte  et  empScbe  toute 
communication  avec  l'intérieur  de  la  jointure. 

7.  — Femme  adulte. —  Genou  droit:  —  Fissure  tibiale  en  arrière  du  tuber- 
cule de  Gerdy,  complète.  —  Il  existe  en  même  temps  un  arrachement  très 
peu  étendu  de  l'extrémité  supérieure  du  ligament  latéral  interne. 

8.  —  Genou  gauche: — Après  un  effort  de  torsion  très  faible,  un  léger  cra 
quement  se  fait  entendre.  —  Nous  ne  trouvons  pas  d'autre  lésion  articulaire 
que  notre  fissure  tibiale  mais  elle  est  incomplète,  il  n'y  a  pas  de  communica- 
tion entre  la  jointure  et  la  plaie  osseuse. 

9.  —  Homme  de  SS  ans. —  Genou  droit:  —  Efforts  considérables  et  long- 
temps répétés.  —  Arrachement  peu  étendu  de  l'extrémité  supérieure  du  liga- 
ment latéral  externe.  —  La  synoviale  est  intacte.  —  Notre  lésion  tibiale 
existe.  —  Elle  est  complète. 

11.  —  Genou  gauche  :  —  Pas  d'autre  lésion  qu'un  arrachement  très  peu 
étendu  au  niveau  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral  externe. 
Synoviale  intacte. 

12  et  13. —  Femmede  40  ans. —  Sur  le  genou  droit  et  sur  le  genou  gaueh 
des  efforts  peu  considérables  déterminent  rapidement  un  léger  craquement. 
Notre  lésion  tibiale  existe  seule  et  complète  sur  les  deux  genoux. 

14.  —  Femme  de  SO  ans.  —  Genou  droit  '■  —  Fracture  des  deux  os  de  1 
jambe  sans  lésion  articulaire. 

15.  —  Genou  gauche: —  Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligamen 
croisé  antérieur  avec  plaie  spongieuse.  —  Arrachement  de  l'extrémité  sup 
rieure  du  ligament  latéral  externe. 


C.  LÉSIONS  PRODUITES  PAR  LA  ROTATION  FORCÉE  EN  DEDANS,  LA  JAMES 
ÉTANT  FLÉCHIE  A  ANGLE  DROIT  SUR  LA  CUISSE. 

1. — Homme  adulte. — Genou  droit:  —  Notre  lésion  tibiale  existe  mais  elle 
est  incomplète.  —  La  plaie  osseuse  ne  communique  pas  avec  l'intérieur  de 
la  jointure.  —  Déchirure  complète  du  ligament  adipeux. 

2— Genou  gauche:— Léger  arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  liga- 
ment croisé  antérieur.  —  Désinserlion  peu  étendue  de  l'extrémité  inférieure 
du  ligament  croisé  postérieur.  —  Rupture  complète  du  ligament  adipeux. 

3,_  Yieiiiard.—  Genou  droit:  —  Fracture  de  l'extrémité  supérieure  du 
péroné.  —  Le  trait  de  la  fracture  passe  à  1  centimètre  au-dessous  de  l'arti- 
culation péronéo-tibiale.  j     x  x 
i—Qenou  gauche:—  Fracture  du  tibia  à  la  partie  moyenne  et  du  péroné 
à  la  partie  supérieure. 

5.—  Homme  adulte.—  Genou  droit  :  —  Arrachement  de  1  insertion  supé- 
rieure du  ligament  croisé  postérieur.  —  Rupture  complète  du  ligament 
adipeux. 


—  79  — 


.  5.—  Genou  gauche  :  —  Même  lésion  du  ligament  croisé.  —  Rupture  in- 
complète du  ligament  adipeux. 

T,— Femme  de  SO  ans. — Genou  droit:  —  Fissure  iibiale  complète  au-dessus 
et  en  arrière  du  tubercule  do  Gerdy  et  ruptuie  incomplète  du  ligament  adi- 
peux. 

:  8. —  Genou  gauche:  —  Même  lésion  du  tibia  et  du  ligament  adipeux.  — 
Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral  externe  avec 
rupture  de  la  synoviale. 

.  9.  —  Homme  de  SO  ans,  très  rebuste.  —  Genou  droit:  —  Arrachement  de 
l'insertion  supérieure  du  ligament  croisé  anlérieur  et  de  rinsertion  supé- 
rieure du  ligament  latéral  interne.  —  La  synoviale  est  déchirée  au  niveau 
de  ce  dernier  arrachement. 

10.  —  Genou  gauche-  — Mêmes  lésions  et  rupture  du  ligament  adipeux. 

11.  —  Femme  de  20  ans,  tuberculeuse.  —  Genou  droit  :  —  Fracture  de 
jambe  sans  lésions  articulaires. 

12.  —  Genou  gauche.  —  Fracture  dè  l'extrémité  supérieure  du  péroné. 
—  Arrachement  très-étendu  de  l'insertion  inférieure  du  ligament  croisé  an- 
térieur et  rupture  complète  du  ligament  adipeux. 

13.  —  Eonune  de  ans  tuberculeinc . —  Genou  droit: — Fracture  de  jainbe 
sans  lésion  articulaire. 

14.  —  Genou  gauche: — Désinsertion  de  l'extrémité  supérieure  du  ligament 
latéral  externe  sans  lésion  correspondante  de  la  synoviale.  —  Rupture 
incomplète  du  ligament  adipeux. 

15.  —  Homme  de  50  ans.  —  Genou  droit  :  —  Même  lésion  du  ligament 
latéral  externe,  mais  sur  ce  genou  la  synoviale  a  cédé  et  les  orifices  vascù- 
laires  de  la  face  externe  du  condyle  fémoral  peuvent  verser  leur  sang  dans 
l'intérieur  de  la  jointure. 

16.  —  Genou  gauche  :  —  Même  arrachement  de  l'extrémité  supérieure  du 
ligament  latéral  interne  et  rupture  complète  du  ligament  adipeux. 

D.  LÉSIONS  PRODUITES  PAR  LA  ROTATION  FORCÉE  EN  DEHORS,  LÉ  MEMBRE 

INFÉRIEUR  ÉTANT  DANS  l'eXTÈNSION, 

1.  —  Vieillard. —  Genou  droit  :  —  Arrachement  de  l'insertion  supérieure 
du  ligament  croisé  antérieur. —  Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  li- 
gament latéral  interne  sans  déchirure  correspondante  de  la  synoviale. 

2.  —  Femme  de  60  ans.  —  Genou  droit  :  —  Fracture  de  jambe. 

3.  —  Genou  gauche  :  —  Fracture  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur. 

E.  LÉSIONS  produites  PAR  LA   ROTATION   FORCÉE   EN  DEHORS,   LA  JAMBE 

ÉTANT  MODÉRÉMENT  FLÉCHIE. 

Dans  ces  condiiions  il  est  toujours  nécessaire  de  faire  des  efforts  consi- 
dérables pour  obtenir  une  lésion.  —  On  échoue  même  très  souvent. 

1.  Femme  de  iO  ans.  —  Genou  droit  :  —  Arrachement  de  l'insertion 
supérieure  du  ligament  croisé  postérieur.  —  Rupture  incomi)lète  du  ligament 
adipeux.  —  Léger  arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral 
interne  sans  déchirure  de  la  synoviale. 

2.  Genou  gauche  .•  —  Fracture  de  la  jambe  sans  lésion  articulaire. 

3  —  Homme  de  60  ans.  —  Gejiou  droit  :  —  Arrachement  très-peu  étendu 
de  1  insertion  supérieure  du  ligament  croisé  antérieur. 


—  80  — 


•  4.  —  Genou  gauche  :  —  WSme  lésion  et  fracture  de  l'extrémité  supérieu;e 
du  péroné. 

5.  —  F emme  de  2S  ans. —  Genoii  droit  :  —  Des  efforts  violents  sont  néccF- 
saires  pour  obtenir  quelques  craquements.  —  Léger  arrachement  de  l'extié- 
mité  supérieure  du  ligament  laléral  interne  sans  déchirure  de  la  synoviale. 

6.  —  Genon  ganehe  :  —  Même  lésion  et  arrachsment  de  l'épine  du  tibia. 
— Femme  de  40  ans. —  Genou  di-oit:  —  Arrachement  de  l'insertion  supé- 
rieure du  ligament  croisé  postérieur.  —  Rupture  incomplète  du  ligament 
adipeux.  —  Léger  arrachement  de  l'extrémité  supérieure  du  ligament  la- 
téral externe  avec  déchirure  de  la  synoviale. 

8- — Genou  gauche:  —  Arrachement  de  l'extrémité  supérieure  du  ligament 
croisé  antérieur.  —  Fracture  de  l'extrémité  supérieure  du  péroné. 

F.  LÉSIONS  PRODUITES   PAR  LA  ROTATION  FORCÉE  EN  DEHORS,   LA  JAMBE 
ÉTANT  FLÉCHIE  A  ANGLE  DROIT. 

1.  —  Homme  adulte. —  Genou  droit:  —  Arrachement  étendu  de  l'insertion 
inférieure  du  ligament  croisé  antérieur. — Arrachement  moins  étendu  de  l'ex- 
trémité supérieure  du  ligament  croisé  postérieur.  — •  Arrachement  de  l'inser- 
tion supérieure  du  ligament  latéral  interne.  —  Cette  dernière  lésion  est  très- 
peu  marquée  et  la  synoviale  n'est  pas  déchirée. 

2.  —  Genou  gauche: — Arrachement  partiel  de  l'insertion  supérieure  du  li- 
gament croisé  antérieur. —  Rupture  complète  du  ligament  adipeux. —  Arra- 
chement partiel  de  l'extrémité  supérieure  du  ligament  latéral  externe  avec 
déchirure  de  la  synoviale. 

3.  —  Femme  de  60  ans.  —  Genou  drtit  :  —  Fracture  de  jambe. 

4.  —  Genou  gauche  :  — Arrachement  très- étendu  de  l'insertion  supérieure 
du  ligament  latéral  externe.  —  Large  plaie  spongieuse  communiquant  avec 
l'intérieur  de  l'articulation.  —  Ligament  adipeux  rompu  en  partie.  —  Mou- 
vements anormaux  de  latéralité. 

5.  — Homme  adulte. —  Genou  droit  : — Arrachement  partiel  peu  étendu  de 
l'insertion  inférieure  du  ligament  croisé  antérieur.  —  Arrachement  très-peu 
étendu  du  ligament  latéral  externe  à  son  extrémité  supérieure  sans  déchirure 
de  la  synoviale. 

6.  —  Genou  gauche  :  —  Fracture  de  jambe. 

7.  —  Homme  adulte.  —  Genou  droit  : —  Arrachement  partiel  de  l'insertion 
supérieure  du  ligament  latéral  externe  à  son  insertion  supérieure.  — Arrache- 
ment presque  total  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  croisé  antérieur. 
—  Rupture  complète  du  ligament  adipeux. 

8.  — Genou  gauche  :— Arrachement  partiel  de  l'extrémité  supérieure  du  li- 
gament latéral  interne  sans  déchirure  de  la  synoviale.  Rupture  incomplète  du 
ligament  adipeux. 

G.  LÉSIONS  PRODUITES  PAR  LBS  MOUVEMENTS  DE  ROTATION  FORCÉE  ALORS 
QUE  LA  JAMBE  EST  FLÉCHIE  AU  DELA  DE  l'aNGLE  DROIT. 

Ces  lésions,  à  l'inverse  de  celles  que  nous  avons  étudiées  jusqu'ici,  se 
produisent  sans  qu'il  soit  nécessaire  de  déployer  une  grande  force.  Leur 
siège  et  leur  mode  de  groupement  sont  soumis  bien  plus  à  la  situation  du 
talon  relativement  à  l'axe  fémoral  qu'au  sens  exact  du  mouvement  forcé  que 
l'oD  imprime  à  la  jambe. 


—  81  — 


H.  LÉSIONS  PRODUITES  DANS  LES  CONDITIONS  EXPÉRIMENTALES  SUIVANTES  : 

Flexion  exagérée  de  la  jambe.  —  Cuisse  en  abduction.  —  Talon 

EN  DEDANS  DE  l'aXE  FÉMORAL. 

1.  —  Crenou  droit.  —  Homme  de  40  ans. — Rotation  forcée  en  dedans  :  — 
Fissure  complète  du  tibia  au-dessus  et  en  arrière  du  tubercule  de  Gerdy. 
—  Arrachement  de  l'inserlion  inférieure  du  ligament  latéral  esterno.  — 
Arrachement  partiel  de  l'insertion  supérieure  du  croisé  antérieur.  —  Rup- 
ture complète  du  ligament  adipeux. 

2.  —  Genou  gauche.  —  Traction  directe  sur  l'extrémité  inférieure  de  la 
jamhe  :  —  Tendance  de  la  jambe  à  tourner  en  dehors.  —  L'expérience  pra- 
tiquée dans  ces  conditions  équivaut  à  une  rotation  forcée  en  dehors.  —  Nous 
constatons  les  mêmes  lésions  que  dans  l'expérience  précédente. 

3.  —  Femme  de  60  ans.  —  Genou  droit,  traction  directe  sur  l'extrémité  in- 
férieure de  la  jambe  :  —  Fracture  des  deux  os  sans  lésion  articulaire. 

4.  —  Genou  gauche  du  même  sujet  :  —  Même  direction  du  traumatisme.  — 
Même  résultat. 

5.  —  Femme  de  So  ans.  —  Genou  droit.  —  Rotation  forcée  en  dehors  :  — 
Fractures  de  l'extrémité  supérieure  du  péroné.  —  Arrachement  partiel  de 
l'extrémité  supérieure  du  ligament  latéral  interne  sans  déchirure  de  la  syno- 
viale. —  Rupture  complète  du  ligament  adipeux. 

6.  —  Genou  gauche. —  Même  sujet.  —  Traction  directe  sûr  Vextrémité  infé- 
rieure de  la  jambe  :  —  Fracture  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur. —  Arti- 
culation intacte." 

7.  —  Homme  de  23  ans. —  Genou  droit.  —  Traction  dirfcie  sur  l'extrémité 
delà  jambe  :  — Arrachement  partiel  de  l'insertion  inférieure  du  ligament  la- 
téral externe.  —  Pas  de  communication  entre  la  petite  plaie  osseuse  et 
l'articulation.  —  Arrachement  partiel  du  point  d'implantation  fémoral  du 
ligament  croisé  postérieur.  —  Rupture  incomplète  du  ligament  adipeux. 

8.  —  Genou  gauche  du  même  sujet.  —  Même  direction  du  traumatisme.  — 
Mêmes  lésions  que  dans  l'expérience  précédente.  —  La  rupture  du  liga- 
ment adipeux  est  complète. 

9.  —  Homme  adulte. —  Genou  droit. —  Traction  directe  sur  Vextrémité  in- 
férieure de  la  jambe  : — Arrachement  assez  étendu  de  l'insertion  fémorale  du 
ligament  latéral  externe.  —  La  synoviale  est  déchirée  et  la  plaie  osseuse 
communique  avec  l'articulation.  —  Les  insertions  fémorales  des  deux  liga- 
ments croisés  sont  arrachées  et  le  ligament  adipeux  complètement  rompu. 

10.  — Genou  gauche. — Mcme sujet.  —  Rotation  forcée  en  dedans  :  — Notre 
lésion  tibiale  existe  complète.  —  L'insertion  supérieure  du  ligament  croisé 
antérieur  est  arrachée  en  partie. 

1.  lésions  pnoonites  dans  les  conditions  expérimentales  suivantes  : 
Flexion  exagérée  de  la  jambe.  —  Cuisse  en  adduction.  —  Talon 

EN  DEHORS  DE  l'aXE  FÉMORAL. 

—  Homme  de  SO  ans.  —  Genou  droit. —  Traction  directe  sur  l'extrémité 
inférieure  de  la  jambe  :  —  Tendance  de  la  jambe  à  se  porter  dans  la  rotation 
en  dedans.  —  Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  croisé  an- 
térieur et  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral  interne.  —  La  syno- 
viaU  est  déchirée  au  niveau  de  cette  dernière  lésion. 

SeQOND.  fi 


—  82  — 


2. — Genou  gauche.  —  Mhne  sujet.  —  Rotation  forcée  en  dedans  :  —  Ar- 
rachement partiel  du  point  d'implantation  fémoral  du  ligament  croisé  posté- 
rieur. —  Les  insertions  supérieures  du  ligament  croisé  antérieur  ne  sont 
pas  altérées  à  première  vue,  mais  à  leur  niveau  la  synoviale  s'est  détachée 
dans  une  petite  étendue  et  retomhe  au-devant  des  fibres  tendineuses,  à  la 
manière  d'un  petit  lambeau  Oottant.  (Voir  fiç.  S.) 

3- — Homme  adulte.  —  Genou  droit. —  Rotation  forcée  en  dedans  :  — Notre 
lésion  tibiale  existe  complète  au  point  connu.  —  Au  point  symétrique  de  la 
tuhérosité  tibiale  interne,  lésion  tout  à  fait  analogue  du  tissu  osseux  du  tibia. 
—  Rupture  complète  du  ligament  adipeux, 

^- —  Geitou  gauche. —  Même  sujet. —  Traction  directe  sur  V eu.-trémité  infé- 
rieure de  la  jambe:  —  Arrachement  partiel  de  l'insertion  supérieure  du  liga- 
ment croisé  postérieur.  —  Arrachement  partiel  de  l'insertion  supérieure  du 
ligament  latéral  interne  sans  déchirure  de  la  synoviale.  Rupture  complète 
du  ligament  adipeux. 

5.  —  Femme  de  GO  ans.  —  Genou  droit.  —  Rotation  forcée  en  dedans  :  — 
Fissure  tibiale  complète  au-dessous  et  en  arrière  du  tubercule  de  Gerdy.  — 
Rupture  complète  du  ligament  adipeux.  —  Arrachement  partiel  de  l'inser- 
tion supérieure  du  ligament  latéral  interne  avec  déchirure  de  la  synoviale. 

6.  —  Genou  gauche. — Même  sujet.  —  Traction  directe  sur  l'extrémité  infé- 
rieure de  la  jambe.  —  Fracture  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur  sans  lé- 
sion articulaire. 

7.  —  Femme  de  SO  ans.  —  Genou  droit.  —  Traction  sur  Vewtrémité  infé- 
rieure de  la  jambe  :  —  Arrachement  très-étendu  de  l'insertion  supérieure  du 
ligament  latéral  interne  avec  rupture  de  la  synoviale.  —  Rupture  complète 
du  ligament  adipeux. 

8.  —  Genou  gauche. —  Même  sujet.  —  Même  direction  du  traumatisme  :  — 
Arrachement  partiel  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral  interne.  — 
Rupture  complète  du  ligament  adipeux.  —  Arrachement  très-étendu  de 
l'insertion  tibiale  du  ligament  croisé  antérieur.  {Yo'ic  fig.  i.) 

9.  —  Femme  de  SO  ans.  —  Genou  droit.  —  Rotation  forcée  en  dehors  :  — 
Fracture  des  deux  os  de  la  jambe  sans  lésion  articulaire. 

10.  —  Genou  gauche. —  Même  sujet. —  Même  direction  du  traumatisme  '.  — 
Arrachement  partiel  de  l'insertion  supérieure  du  ligament  latéral  interne.  — 
Déchirure  incomplète  du  ligament  croisé  postérieur  à  sa  partie  moyenne.  — 
Rupture  complète  du  ligament  adipeux. 

11.  —  Homme  adulte.  —  Genou  gauche.  —  Traction  directe  sur  Vextrémité 
inférieure  de  la  jambe  :  —  Arrachement  de  l'insertion  supérieure  du  liga- 
ment latéral  interne  avec  déchirure  de  la  synoviale.  —  Déchirure  presque 
complète  du  ligament  croisé  postérieur  à  sa  partie  moyenne.  —  Celle  déchi- 
rure est  exceptionnelle,  sur  ce  dernier  genou,  il  nous  a  fallu  mettre  en  jeu 
une  force  vraiment  très-grande  avant  d'obtenir  un  bruit  de  craquement. 


Expériences  de  M.  le     Poncet  (de  Lyon). 


Notre  ami  M.  Poncet  a  bien  voulu,  sur  notre  demande,  instituer  ces 
quelques  expériences  à  titre  de  contribution  à  l'étude  des  modifications  qua 
subit  le  sang  injecté  dans  les  articulations  pendant  les  premières  heures  et 
les  premiers  jours  qui  suivent  l'injection.  Nous  lui  exprimons  ici  toute  notre 


pratitudc  et  nous  transcrivons  ses  résultats  tels  qu'il  nous  les  a  transmis  en 
août  1878.  —  Les  expériences  de  M.  Poncet  ont  été  faites  sur  un  chien  et 
sur  cinq  lapins.  L'articulation  du  genou  chez  ce  dernier  animal  convient 
admirablement  pour  les  injections  intra-articulaires.^  Elle  ressemble  en 
effet  beaucoup,  comme  disposition  de  la  synoviale,  à  l'articulation  du  genou 
chez  l'homme  et  présente  comme  elle  un  cul-de-sac  sous-tricipital  très  pro- 
fond qui  remonte  à  quatre  centimètres  au  moins  au-dessus  des  condyles. 


A.    SAMEDI  5  AOUT,   5  HEURES  DU  SOIR. 


Cette  première  série  d'expériences  porte  sur  trois  jeunes  lapins  de  huit  mois. 
L'animal  étant  convenablement  fixé  sur  une  planchette  ad  hoc  nous  avons 
Arloing  et  moi  mis  a  découvert  la  jugulaire  interne,  puis,  avec  une  seringue 
Pravaz  armée  de  sa  canule,  nous  avons  ponctionné  le  vaisseau  et  rempli  le 
corps  de  pompe.  Une  autre  canule  étant  placée  dans  une  articulation  du 
genou  nous  avons  injecté  le  sang  dans  l'article. 

Lapin. —  Injection  dans  chaque  articulation  fémoro-tibiale  d'unepleine 
seringue  de  Pravaz,  c'est-à-dire  de  1  centimètre  cube  de  sang  liquide.  On 
juge  que  le  sang  a  bien  pénétré  dans  la  cavité  articulaire  par  la  distension 
du  cul-de-sac  synovial  sous-tricipital.  On  voit  en  ell'et  au-dessus  et  de  cha- 
que côté  de  la  rotule  une  coloration  noirâtre  bien  limitée  due  au  sang  qui 
distend  la  synoviale.  L'animal  est  sacrifié  le  5  août,  48  heures  après  l'injec- 
tion. 

A  l'autopsie  les  deux  articulations  offrent  les  mÊmes  particularités  : 
le  liquide  synovial  et  la  séreuse  ont  une  teinte  légèrement  jaunâtre.  Au 
fond  du  cul-de-sac  sus  rotulien  on  trouve  un  petit  caillot  noirâtre  du  volume 
d'un  grain  de  blé  ;  le  caillot  offre  une  certaine  cohésion. 

A  la  partie  postérieure  des  condyles  dans  chacun  des  culs-de-sacs  con- 
dyliens,  autre  petit  caillot  aplati.  Rien  au  niveau  des  ligaments  croisés  et 
dans  les  autres  parties  de  l'articulation. 

2"  Lapin.  —  Injection  de  deux  seringues  Pravaz  dans  chacune  des  arti- 
culations du  geoou.  —  L'animal  est  sacrifié  le  5  août,  48  heures  après  l'in- 
jection. 

Autopsie.  —  Dans  l'articulation  fémoro-tibiale  droite,  caillot  rouge  noirâtre 
remplissant  en  partie  le  cul-de-sac  sus-rotulien.  A  la  partie  postérieure 
caillot  de  chaque  côté.  Le  caillot  est  aplati,  il  se  moule  sur  la  partie  posté- 
rieure des  condyles.  Pas  de  liquide  en  plus  grande  abondance  dans  l'articu- 
lation. Teinte  jaunâtre  du  liquide  synovial  et  de  la  séreuse  avec  signes 
d'arthrite.  Tout  le  sang  avait  bien  été  injecté  dans  l'articulation,  car  on  n'en 
voit  pas  trace  dans  les  tissus  péri-articulaires.  Les  caillots  de  l'articulation 
sont  recueillis  avec  soin  et  pesés  immédiatement:  poids  du  caillot  de  l'ar- 
ticulation droite  15  centigrammes.  Poids  du  caillot  de  l'articulation  gauche  i 
16  centigrammes. 

L'examen  hislologique  de  la  synovie  y  montre  de  nombreux  globules 
rouges  arrondis,  ovoïdes,  plus  gros  qu'à  l'état  normal.  On  y  rencontre  en 
abondance  des  globules  blancs  granuleux  et  des  globules  dégraisse. 

Z''  Lapin.  —  Injection  de  deux  seringues  Pravaz  dans  chaque  articula- 
Uon  du  geoou.  Les  jours  qui  suivent  l'animal  ne  paraît  pas  incommodé. 
Lie  troisième  lapin  est  sacrifié  le  7  août,  92  heures  après  l'injection. 

Dans  l'articulation  droite  peu  de  sang  paraît  avoir  pénétré,  on  trouve 


en 


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effet  de  longues  plaques  de  suffusion  sanguine  dans  les  tissus  péri-articu- 
laires. 

On  trouve,  comme  dans  les  examens  précédents,  trois  caillots  plus  petits, 
plus  denses,  occupant  les  mêmes  régions  :  fond  du  cul-de-sac  sous-tricipital 
et  culs-de-sacs  rétro-condyliens.  Synovie  légèrement  rougeâtre. 

Dans  l'articulation  gauche,  caillot  du  volume  d'un  tout  petit  pois  aplati 
occupant  encore  le  môme  siège.  Rien  dans  les  autres  points  de  la  synoviale. 


B.  MARDI  6  AOUT  1877. 

1""^  Lapin.  —  Injection  dans  chaque  articulation  fémoro-tibiale  d'une  serin- 
gue do  Pravaz  (l  gramme  de  sang  retiré  de  la  jugulaire  interne  de  l'animal). 

L'animal  est  sacrifié,  40  minutes  après  l'expérience. 

A  l'ouverture  de  l'articulation  droite  la  séreuse  est  recouverte  d'une  cou- 
che sanguinolente  (le  sang  mêlé  à  la  synovie  est  visqueux,  gluant). 

Dans  le  cul-de-sac  sus-rolulien  et  à  la  partie  postérieure  des  coudyles, 
caillots  noirs  mous,  caillots  passifs  s'écrasant  facilement.  A  la  surface  des 
ligaments  croisés,  caillot  noir  du  volume  d'un  grain  de  blé.  Mêmes  parti- 
cularités dans  l'articulation  gauche. 

2'"  Lapin.  —  Injection  d'un  centimètre  cube  et  demi  de  sang  dans  cha- 
que genou.  Autopsie  deux  heures  api-ès  :  petits  caillots  noirs  analogues  aux 
précédents  et  occupant  le  même  siège. 


C.  EXPÉRIENCE  SUR  UN  GRAND  CHIEN  DE   BERGER  ÂGÉ  DE  2  ANS. 

Injection  dans  chaque  articulation  fémoro-tibiale  de  12  centimètres  cubes 
de  sang  provenant  de  l'une  des  jugulaires  de  l'animal.  Immédiatement  après 
l'expérience  et  quelques  heures  après,  l'animal  paraît  avoir  un  peu  de  roideur 
des  membres  inférieurs.  Le  lendemain  et  les  jours  suivants  l'animal  court 
comme  par  le  passé.  On  ne  constate  rien  de  particulier  au  niveau  des  arli- 
çulations  injectées.  L'animal  est  sacrifié  92  heures  après  l'expérience. 

Articulation  fémoro-tibiale  droite.  —  Au  pourtour  de  Tarticle,  dans  les 
tissus  ambiants  légère  suffusion  sanguine.  Une  petite  quantité  de  sang  a 
donc,  lors  de  l'injection,  passé  dans  le  tissu  cellulaire. 

Liquides  synoviaux  sanguinolents  dans  l'articulation,  notablement  plus 
abondants  qu'à  l'état  normal  ;  pas  de  traces  de  caillots  si  ce  n'est  daiis 
les  culs-de-sacs  rétro-condyliens  où  l'on  trouve  deux  petits  caillots  aplatis 
de  l'épaisseur  d'une  pièce  de  20  centimes.  ■  -  j  - 

Rien  dans  le  cul-de-sac  sus-rolulien;  chez  ce  chien  ce  cul-de-sac  était  indé- 
pendant du  reste  de  l'articulation,  ce  qui  eat^d'aiUeurs  fréquent  dans  celte 

espèce.  ,  v 

Artictilation  Umoro-tiliale  qaucle.  —  Rien  non  plus  dans  1  examen  exté- 
rieur. A  l'ouverture  de  l'articulation  mêmes  particularités  qu'à  droite  ;  mais 
dans  le  cul-de-sac  rotulien  qui  communique  de  ce  côté  avec  le  reste  de  la 
cavité  ar.iculbire  on  trouve  un  peUt  caillot  allongé,  rouge,  résistant.  Dans 
le  cul-de-sac  rétro-condylieu,  petits  caillots  aplatis.